1/ Une chronologie

Sur les premières occupations du sol de la vallée de Munster on ne sait que peu de choses: quelques silex ont été trouvés dans la vallée de la Wormsa, et sur la crête sommitale des Vosges, ainsi qu’une meule de grès (sans doute d’époque néolithique) découverte au col du Schaeffertal près du Hohneck.
A l’époque romaine : un habitat important se met en place à l’entrée de la vallée : Wintzenheim et Turckheim, ainsi que plus tard Wihr-au-Val (« Bonifaci Vilare »).
Frédéric Kirschleger1 rapporte que des monnaies romaines auraient été découvertes vers 1810 dans la petite vallée. Elles avaient été remises à M. Henry Hartmann. Il n’en reste malheureusement aucune trace.

634 : la tradition orale et historique raconte que les premiers moines sont venus s’installer à Schweinsbach près de Stosswihr pour y mener dans la solitude leurs vies d’ermites consacrées à la contemplation et à la louange divine. Plusieurs cellules monacales auraient été mises en place à Schweinsbach, dont le nom signifie le ruisseau du berger. L’église de Schweinsbach, détruite après la Révolution, est seulement mentionnée à partir de 12202.

De 668 à 1235

Vers 668 : fondation au confluent des deux Fecht du « Monasterium ad confluentes » qui est à l’origine de l’abbaye bénédictine de Munster. La tradition dit que ce sont des moines irlandais qui auraient fondé ce monastère, nommé « Gotteshus ».
Le premier abbé qui a dirigé le monastère nouvellement fondé, a porté le nom de COLDUVINUS.

675 : le roi mérovingien Childéric II confirme les droits du monastère, et lui fait une donation.
Celui-ci est dédié à St Pierre et à St Paul, à la Vierge Marie et au pape Grégoire-le-Grand mort en 604. De là provient la dénomination ancienne de la vallée de Munster : Val St Grégoire ou Gregoriental.

826 : immunité de l’abbaye de Munster.

843 : l’empereur Lothaire donne au monastère de Munster la liberté d’accès aux salines de Marsal en Lorraine.
L’abbaye possède le Val St Grégoire, et a de nombreuses propriétés à Turckheim, Ohnenheim, Jebsheim, Sundhoffen, Balgau, Modenheim.

896 : liberté d’élection du père abbé.

1068 : consécration d’une petite église à Muhlbach, dédiée à St Barthélémy.

1182 : l’ensemble des bâtiments conventuels (avec l’église) est détruit par un gigantesque incendie.

1182 et 1187 : premières mentions de l’église Saint Léger, sous la forme d’une chapelle.

1235 : une des dates fondatrices de l’histoire de la vallée : l’abbé Frédéricus donne les deux tiers de ses droits de juridiction à l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen, qui en possède déjà un tiers (mais l’abbé conserve tout un ensemble de pouvoirs et de droits, entre autres sur les Dinghöfe ou cours colongères).
En contrepartie l’abbaye devient Reichsabtei, abbaye impériale, avec droit de siège aux conseils et diètes de l’Empire (le Saint Empire Romain Germanique a été fondé en 962 par Othon 1er).
Frédéric II transmet les deux tiers des droits de juridiction aux habitants de la vallée. Munster devient une ville (entre 1235 et 1287) avec immédiateté d’empire (donc ne dépendant que de l’empereur), et la communauté d’habitants du Val saint Grégoire a désormais une existence juridique. C’est le début de l’indépendance par rapport à l’abbaye.
Le même Abbé Frédéricus est le fondateur du chœur de la collégiale Saint Martin à Colmar, et ce en l’an 1237.

De 1241 à 1575

1241 : mention dans les archives de : « item de Kersberc et vallis St Gregorii LXX mark » (de même 70 marks de Kaysersberg et du val St. Grégoire).

1261 : construction par un membre de la famille des Geroldseck (Walter de Geroldseck étant évêque de Strasbourg) d’une forteresse sur les terrains appartenant à l’abbaye de Munster. Il s’agit du Schwarzenbourg. Cette construction s’est faite malgré les protestations de l’abbé Gerhard.

1262 : la vallée est rattachée au Diocèse de Bâle dont elle fera partie jusqu’à la Révolution.

1265 : l’église paroissiale Saint Léger est unie à l’abbaye, avec l’accord de l’évêque de Bâle, Henri III.

1269 : l’Abbé Heinrich mate et ramène à l’ordre les habitants de Turckheim qui avaient manifesté des velléités d’indépendance.

1273 : Rodolphe de Habsbourg en conflit avec l’évêque de Bâle dévaste la vallée avec sa soldatesque.

1287 : dans un document provenant de l’abbaye il est question de : « Hovstetten - in der Stadt zu Münster » (des lieux d’habitations dans la ville de Munster).
C’est de cette époque que date la charte avec le sceau de la Communauté du Val et de la Ville de Munster : « S. Communitatis Vallis Sancti Gregorii ». Ce sceau se retrouve sur les armoiries de Munster.
Voici donc confirmée l’existence de la ville de Munster et de la Communauté du Val St Grégoire qui a commencé son existence en 1235, et qui comporte Munster et les 9 communes de la vallée à l’exception de Mittlach qui ne sera fondée que vers 1741 sur l’emplacement de l’ancien hameau de ZU FLUSS3.
Pour l’ensemble de ces communes il n’y a qu’un seul ban communal, et cet état de fait va subsister jusqu’en 1847.
Chaque bourgeois de la vallée porte le titre de « Bürger der Stadt und des Tales Münster » (bourgeois de la ville et de la vallée de Munster).
L’abbé du monastère est le seul propriétaire foncier de la vallée, il reçoit la dîme et les revenus des cours colongères (Dinghoefe) ainsi que des métairies (Meyerhoefe). Il exerce la justice.
Il nomme les fonctionnaires. Il a les droits de chasse et de pêche réservés, les habitants lui doivent des jours de corvée (Frontage) pendant lesquels il les nourrit et les désaltère. C’est lui qui surveille les poids et mesures, et nomme un fonctionnaire spécialement chargé de cette tâche : le Hengîsel.
Trois fois par année il a le droit de banvin (Bannwein). À Noël, Pâques et Pentecôte il vend de son vin à l’exclusion des autres. Il possède des vignes à Munster et à Turckheim (Voir chapitre 2).

Le conseil de la Communauté est constitué de :

  • 6 conseillers citadins
  • 7 conseillers villageois
  • 3 conseillers désignés par l’abbé.

Le conseil se réunit d’abord au monastère puis à la Laub, située sur la place du marché, enfin à l’Hôtel de Ville (Herrenstube) quand celui-ci est construit en 1550.

La ville de Munster est entourée de remparts, de tours et de portes fortifiées. 1312 : il n’y a plus que 16 moines à l’abbaye, le vœu de pauvreté est levé.

1316 : Muhlbach devient une paroisse indépendante.

1336 : l’abbé Marquard rétabli le vœu de pauvreté pour les moines de l’abbaye.

1339 : traité de Marquard passé entre l’abbé et les représentants de la Communauté. Document passionnant et original, il fixe les droits et les devoirs de chacun, décrits et délimités avec précision.
C’est dans ce document qu’est mentionné pour la première fois le fait que les Munstériens passent l’été avec leurs vaches sur les Hautes-Chaumes, et sur les pâturages lorrains. Il est expressément stipulé qu’au cas où les vaches du Val St Grégoire seraient surprises sur le versant lorrain par les chutes de neige, une vache de Munster serait mise entre deux vaches de l’abbaye de Remiremont (Rümmelsberg ou Rümersberg) (Voir chapitre 2).

Marcaires et fromages

Entre le XIème et XIIIème siècle les paysans munstériens escaladent les pentes des Vosges avec leurs troupeaux, ils s’installent en été sur les Hautes-Chaumes, et pénètrent en territoire lorrain, poussés par la nécessité de trouver de nouveaux pâturages… Certaines dénominations vosgiennes sont d’origine alsacienne : Balveurche = Ballfürst, Fâchepremont = Vespermund, Ventron = Winterung; Belbriette = Bebenriedt.).

La Bresse (Woll), Gérardmer (Gertsee ou Gerotsee) et Le Valtin (Mortz) sont pour une bonne partie des fondations alsaciennes.
La présence sur les pâturages lorrains est gratuite, mais chaque année il fallait payer une indemnité destinée au Duc de Lorraine. Il s’agissait d’une redevance en nature : vers le 24 juin les marcaires devaient remettre au « grand sonrier ducal » à Gérardmer l’équivalent de la production fromagère d’une journée.
C’est dans le Traité de Marquard qu’est, selon toute vraisemblance, mentionné pour la première fois l’existence de fromages, qui font partie des redevances en nature, même si l’on peut raisonnablement faire remonter leur fabrication aux alentours du IXème - Xème siècle. En 1371 un autre document fait allusion aux fromages. Dans la seconde moitié du XVème siècle, une missive d’une nonne d’Unterlinden conservée à la Bibliothèque Municipale de Colmar, évoque « ein Münster kess », ce qui serait la plus ancienne mention actuellement connue de ce terme.

Reproduction de la mention
Mention « Münster kess », 2nde moitié du 15ème siècle.

Entre 1573 et 1577 apparaît dans les archives de Munster la dénomination : fromage de Munster, Münsterkäse, dans les missives du secrétaire de la communauté ; Jéremias Schütz : il parle de « Münsterkäse feist und blau », fromages de Munster gras et bleus !

Le 4 novembre 1571 le Duc de Lorraine rachète l’ensemble des pâturages du côté lorrain et les sous-loue à La Bresse, Gérardmer et Le Valtin. Les Munstériens s’en plaignent amèrement car des droits ancestraux sur ces pâturages sont supprimés ainsi qu’une source non négligeable de revenus.

1354 : l’empereur Charles IV confirme les droits de la Communauté du Val St Grégoire, Munster devient membre de la Décapole, nommée « gemeine Richstette », ou plus tard « Vereinstädte », qui allie les villes de Wissembourg, Haguenau, Rosheim, Obernai, Sélestat, Kaysersberg, Turckheim, Munster, Colmar et Mulhouse.
Dans la même enceinte et sur le même territoire il y a en quelque sorte deux états qui cohabitent plus ou moins bien :

  • l’abbaye impériale de Munster
  • la ville impériale de Munster.

La même année un gigantesque incendie détruit l’église Saint Léger ainsi qu’une bonne partie des bâtiments conventuels et de la ville.
De nombreux incendies malmènent ainsi à plusieurs reprises la ville et l’abbaye : 1182, 1348, 1354, 1364, 1395, 1446.

1363 : traité de Berwart qui concerne les droits et devoirs des officiers liés à l’abbaye.

1463 : une première église est construite par les habitants de Soultzeren.

Entre 1470 et 1507 l’église abbatiale est reconstruite et agrandie par les abbés von Laubgass et de Monjustin.

1465 : une troupe de chevaliers et seigneurs qui revient avec son butin d’une razzia en territoire lorrain, passe le Mœnchberg et est attaquée par les Munstériens :
L’an 1465 un écuyer nommé Wersich Bock de Stauffenberg, résidait au château de Jungholtz, château qu’il avait acquis et qui avait été habité jadis par quelques nobles de la Haute-Alsace. Ce château délabré fut fortifié et restauré par le dit Wersich qui y fit de belles et solides constructions. De par son énergie, il fut bailli en Lorraine d’un territoire engagé au margrave Jacques de Bade fils du margrave Charles de Bade, territoire que le Duc de Lorraine avait promis à sa fille lors de la demande en mariage du margrave Jacques, et qui après la mort du margrave Jacques fut incorporé à nouveau par Reinhart Duc de Lorraine et de Calabre. Le dit Wersich avait sur quelques nobles résidant en Lorraine des prétentions qu’il n’arrivait pas à faire valoir ; il porta plainte devant princes et seigneurs, et il était disposé à faire valoir ses droits devant toute autorité : soit ecclésiastique soit laïque. Finalement il engagea 600 cavaliers et fantassins de la noblesse allemande, franchit les montagnes de Lorraine et pilla tous les villages appartenant aux nobles et situés dans la vallée dite le « Wackental » ( Vagney ou Rochesson ?) et il emmena comme butin tout le bétail de ses adversaires par le Val de St Grégoire. Lorsque la ville de Munster s’en aperçut elle fit sonner le tocsin ; parce qu’elle était d’avis de ne pas laisser passer par son territoire ou sa vallée ces pillards venus de Lorraine, étant donné que la vallée de Munster était engagée par un traité conclu avec le Duc de Lorraine qui lui avait donné en fief l’usufruit de quelques pâturages.
Pour cette raison après une délibération rapide les bourgeois marchèrent avec tous les habitants de la vallée, bannière en tête à la rencontre du dit Wersich. Dans le combat, les habitants de la vallée, inexpérimentés dans le maniement des armes et trop faibles pour résister, furent mis en fuite. Dix huit furent poignardés et à peu près vingt blessés mortellement. C’est l’écuyer Wersich lui-même qui leur prit la bannière pour la conduire avec son butin vers la ville d’Herrlisheim. Prirent part à cette querelle les de Hattstatt, Hus, Capler, Reguisheim, Stoer etc. Et lorsque l’écuyer Thiebault Stoer courut jusqu’à la porte de Munster, il fut percé par une flèche venant d’en haut, et ainsi blessé, il fut conduit vers Soultzbach. Il y mourut. Et sur cette flèche était gravé : Maître Jean. Cela veut dire qu’il fut tué par Maître Jean alors arbalétrier de Munster, car c’était une flèche sur laquelle les noms étaient gravés4.
(Pour revenir vers la plaine alsacienne, les nobles, chargés de butin, n’avaient d’autre choix que de passer par le col du Hohneck, et c’est pour cela qu’ils sont arrivés aux portes de Munster. La porte supérieure en question se trouvait en plein sur la Grand’Rue, à peu près à l’intersection de la rue du Général Didio et la rue du presbytère).

1503 : construction de la nouvelle « Laube » sur la place du marché de Munster. Elle sert de marché couvert et de lieu de réunion de la communauté d’habitants du Val saint Grégoire. La pierre d’angle existe toujours, elle a été insérée dans la façade de la Laub actuelle.

1507 : l’empereur Maximilien Ier donne le droit à Munster de faire 3 marchés annuels, les fameux Johrmarik. La commune de Muhlbach a le droit de le faire le jour de la St Barthélemy.
Il est interdit aux juifs d’habiter dans la vallée. Un juif du nom de Moses originaire de Turckheim aurait dit au marché d’Ammerschwihr en 1507, à propos des Munstériens: « die armen Leute von Münster machen nur Stecken, Dielen, Käse, Anken, Käse und Kälber» (Les pauvres gens de Munster ne font que des bâtons, des planches, des fromages, du beurre, des vaches et des veaux), ce qui a fort déplu aux habitants5.

Au début du XVième siècle il y a trois axes de communication trans-Vosges :

  • Munster - Le Valtin ( Mortz ) par le col du Tanet (Tanneck) par la Mortzgasse (ruelle de Le Valtin),
  • Munster- Gérardmer (Gertsee ou Gerotsee ) par le col du Hohneck,
  • Munster- La Bresse ( Woll ) par le col du Rothenbachkopf (rocher d’angoisse).

Les mariages entre Lorrain(e)s et Alsacien(ne)s étaient très fréquents.

1525 : Guerre des paysans dans tout le bassin rhénan.
Dans la vallée l’abbé Burkhard Nagel s’enfuit de l’abbaye qui est occupée par les habitants. Un nommé Beck, originaire de Munster, dirige un « Haufen », une compagnie de paysans en Alsace moyenne, et prend part à la bataille de Scherwiller.
Après le retour au calme, deux Munstériens sont interdits de séjour dans la vallée, pendant une année, pour avoir fomenté des émeutes et troublé l’ordre public. Burkhard Nagel est progressivement gagné à la cause de la Réforme protestante ; il démissionne de sa charge en 1536, et se retire à Mulhouse.
Les idées nouvelles font leur entrée dans la vallée.

Entre 1543 et 1564 les trois quarts des habitants passent à la Réforme luthérienne, à Munster (en 1543 puis en 1564) ensuite à Muhlbach (1559) et dans le reste de la vallée. C’est au moment de la Réforme que nous est connu le premier décompte de la population : pour l’ensemble de la Communauté : 2 000 habitants dont 700 ont plus de 14 ans.

1550 : construction de la Herrenstube de Munster, face au Monastère, sur un terrain mis à disposition par l’abbé Petermann d’Aponex.

Vers 1550
Autre témoignage sur les habitants de la vallée : « arme Gesellen, welche sich mit dem Tagwerk als Holzhauen, Kohlenbrennen und anderen der glichen sauren Arbeiten… ». (de pauvres types, qui vivent du travail de bûcheronnage, de la fabrication de charbons de bois et d’autres travaux pénibles )
Peu de temps auparavant Sebastien Münster, dans sa « Cosmographia » publiée en 1544, écrit :
« Ihr Auskommen hängt überwiegend von dem Vieh ab, denn sie haben weite und gute Weiden. Sie treiben auch im Sommer ihr Vieh auf alle Höhen der Berge gleich wie im Schweizer Gebirg ». (Leur gagne-pain dépend surtout du bétail, car ils ont de bons et vastes pâturages. Ils mènent également leur bétail en été sur les sommets des montagnes comme dans les montagnes suisses).

En 1564 arrive à Munster le pasteur Leckdeig ou Leckdey (+ 1599). En 1590 il pose la première pierre du clocher de l’église Saint Léger.

De 1569 à 1573 : Heinrich von Jestetten est abbé de Munster. Il est chargé par les Habsbourg de ramener les habitants de la vallée au catholicisme, il mène la vie dure aux protestants et à la communauté. Le 20 novembre 1569 a lieu une échauffourée entre les Munstériens soutenus par les gens de Hohrod et l’abbé, qui veut y lire la messe. Le 21 novembre, de Jestetten occupe l’église, dont les Munstériens s’emparent à nouveau le 8 décembre, en en brisant les portes. De guerre lasse il démissionne en 1573.

1575 : autre grande date fondatrice
Sous l’arbitrage du Reichsvogt Lazare de Schwendi, un traité est signé à Kientzheim le 19 mars 1575, entre l’administrateur du monastère Adam von Holzapfel et les représentants de la Communauté du Val et de la Ville de Munster. Les termes de ce traité dit «Traité de Kientzheim» reconnaissent le droit aux protestants d’utiliser l’église paroissiale saint Léger, en outre l’abbaye bénédictine s’engage à continuer de payer le pasteur de Munster et celui de Muhlbach. Munster devient pleinement ville impériale. L’abbaye va tenter par la suite de rendre ce traité caduc, sans succès. La tradition catholique ( Dom Calmet le rapporte dans son ouvrage) raconte qu’Adam de Holzapfel aurait signé contraint et forcé ce traité, le poignard de Lazare de Schwendi sur la gorge !
Un nouveau pas, décisif, est franchit dans l’émancipation des habitants de la vallée par rapport à l’abbaye.
Une « Kirchenordnung » réglemente en termes draconiens les us et les coutumes à respecter par la population.

1576 : en souvenir du traité de Kientzheim, les Munstériens dressent au carrefour des chemins entre l’abbaye et l’hôtel de ville, un lion symbole de force et de courage.

De 1575 à 1673 : Les procès de sorcellerie

Déjà en 1479 une femme de Breitenbach est accusée de sorcellerie. En 1520 une scène d’injures oppose deux femmes de la vallée, I’une accusant l’autre de sorcellerie. En 1539 a lieu le premier procès de sorcellerie, mais il n’est pas mené jusqu’à terme, il est dirigé contre une veuve.
Les procès ravagent la vallée entre 1583 et 1632, ils concernent 37 femmes, 4 hommes, et 3 enfants. Dans l’ensemble 29 personnes sont exécutées, « zu Pulver und Asche verbrennt » (brûlées en poussière et cendres) sur la Pfistermatt, à l’emplacement actuel de la gare de Munster.
Les principales accusations portées contre les sorciers et sorcières :

  • d’avoir renié Dieu et tous les saints et d’avoir signé un pacte avec le Diable,
  • de s’être marié avec lui, de se retrouver au sabbat, et d’y mener une vie de débauche,
  • de nuire par les maléfices (Malefizia) aux hommes, aux animaux et aux champs.

Les sorcières sont particulièrement efficaces dans la fabrication d’orages et d’intempéries, Wetterhexen6.

1590 : le pasteur Paul Leckdeig, pose la première pierre du clocher de l’église saint Léger.

Reproduction de la représentation de Munster
La plus ancienne représentation connue de Munster (1594). Carte des Hautes-Chaumes. Thierry Alix (cliché Mangin).

En 1595 : les délégués de la Décapole se réunissent à Munster.
1618 : début de la Guerre de Trente Ans qui va dévaster toute l’Europe. Au départ guerre de religion entre les princes du Saint Empire Romain Germanique, elle s’internationalise et devient progressivement un affrontement entre les Habsbourg et le royaume de France. C’est une des périodes les plus noires et les plus terribles de l’histoire de l’Alsace et de la vallée.

1622 : les premiers effets de la guerre se font sentir à Munster et dans la vallée, la Communauté doit participer à l’effort de la guerre des Impériaux.

1628 : les malheurs de la guerre font irruption dans la vallée, une troupe suit une autre troupe, chacune rançonnant, pillant, dévastant. Au cours de ces années terribles la population fuit dans la forêt et la montagne pour échapper aux exactions de la soldatesque. Beaucoup d’entre eux mourront suite aux brutalités guerrières, à la famine, aux maladies et à la misère. Les habitants iront jusqu’à se nourrir de cadavres. L’insécurité est permanente, le bétail est razzié et emmené sans pitié.

1632 : les Suédois font leur entrée dans la vallée. À Eschbach une vieille planche, découverte dans les années 70, porte la mention: « die Schweden sind da ! ». Ils s’installent entre autres à Soultzeren, où ils créent la Schwedenmetzig.

1635 : les Français font leur apparition.

1637 : scène de guérilla au Hohneck, c’est l’épisode fameux qui va donner naissance à la légende du Soldatenschlatten :
« Den 19. Mai 1637 sind 100 Keysserische Musquetierer und 25 Reüter mehrerteils Officier in das klein Tal von Giraumé (aus) eingefallen, auf die 80 Stück Rindviehe und vill Schwein genommen, aber ob Sultzern von den unserigen Bürgern, so ihnen nachgesetzt, angetroffen, über die zwanzig niedergemacht, und der vornembste, Jehan de Werwenne genannt gefänglich allhero gebracht worden (Munster) ».
(Le 19 mai 1637 cent mousquetaires impériaux et 25 cavaliers dont de nombreux officiers sont entrés dans la petite vallée en provenance de Gérardmer, ils ont pris 80 têtes de bétail et de nombreux cochons, mais ils ont été rattrapés par nos bourgeois au-dessus de Soultzeren, ils en ont abattu une vingtaine, et le plus important d’entre eux, nommé Jean de Werwenne a été fait prisonnier et a été amené ici (Munster)7.
Poussés à bout par la soldatesque, les habitants, soit individuellement, soit en groupe se défendent de leur mieux. À Munster, un forgeron du nom de Hans Würth assomme d’un coup de marteau un soldat qui voulait s’introduire par effraction chez lui, en pleine nuit. À Soultzeren, un père désespéré tue d’un coup de pistolet un autre soldat qui voulait brutaliser sa fille.

Voici encore un autre exemple (terrible) des exactions de la soldatesque :
En 1645 un capitaine nommé Fischack accompagné de 40 hommes, passa dans la vallée, ils malmenèrent en particulier un pauvre tailleur de Griesbach: « sonderlich einen Armen Schneider von Grispach unschuldig auf ein leyter gebunden, untern theil uber sich gestellt, Wasser eingeschütt mit Messern gestochen, 3 steckh anf den Schenkeln zerschlagen, summa unchristlich tractiert ». (ont particulièrement malmené un pauvre tailleur innocent, originaire de Griesbach. Ils l’ont attaché sur une échelle, la partie inférieure du corps vers le haut, lui ont fait ingurgiter de l’eau, I’ont transpercé de coups de couteaux, et ont cassés trois bâtons sur ses cuisses, en somme ils l’ont traités d’une manière contraire au christianisme)8.
Les archives sont pleines des plaintes de la population qui n’en peut plus.

Pour donner une idée de la population, vers 1630 il y avait environ 1500 protestants et 300 catholiques dans la vallée, en 1636 il ne restait plus que 2 familles catholiques dans la vallée.
Comme les Hautes-Chaumes sont totalement délaissées par les marcaires, les pâturages sont reconquis par la forêt, les ours et les loups prolifèrent augmentant encore les dangers quotidiens. Les meutes de loups rôdent autour des villages, et certaines d’entre elles s’enhardissent jusqu’à entrer dans Munster. L’insécurité est partout présente.

1646 : l’abbaye est unie à la congrégation de Souabe, dont le siège est à Ochsenhausen.

1648 : traité de paix entre les belligérants, à Munster et à Osnabrück en Westphalie. Les possessions des Habsbourg en Alsace passent sous le contrôle de la couronne française, ainsi que la Décapole…

1652 : des régiments lorrains en guerre contre le roi de France viennent établir leurs quartiers dans la vallée. L’horreur et la détresse atteignent leur niveau extrême. Ces régiments sont commandés par les officiers Haraucourt, Bassompierre, Harzdorff et Bisport.
Entre autres malheurs, récemment arrivés, et occasionnés par les cinq régiments, se sont passés les choses suivantes : deux régiments se sont établis dans les locaux du couvent, les trois autres dans les maisons de la ville, transformant les églises en écuries pour leurs chevaux, brûlant les bancs et les chaises qui s’y trouvaient, détruisant les orgues, arrachant les chaires ; les documents écrits, archives et livres, ils les ont éparpillés sur le marché, ont détruit les armoires des archives en les brûlant, cassant les fenêtres et les poêles des maisons, et y mettant leurs chevaux, ils ont brutalisé devant les yeux de tous les jeunes filles et les femmes qui tombaient entre leurs mains barbares. Ils ont torturés les hommes, leur arrachant la peau des pieds et les faisant souffrir jusqu’à ce qu’ils avouent où ils ont caché ou enterré telle ou telle chose. Certaines de leurs femmes et certains de leurs enfants ont été emprisonnés à Turckheim, beaucoup sont morts à cause du froid, ou mourront de faim et de misère dans les forêts9.

À la fin de la Guerre de Trente Ans, la vallée de Munster est exsangue, il ne reste selon les endroits qu’un quart de la population.
Elle va être progressivement repeuplée par des immigrants suisses, wurtembergeois, tyroliens, lorrains …
Munster n’accepte que de très mauvaise grâce de servir le nouveau maître Louis XIV, par l’intermédiaire de ses représentants tels que l’Intendant d’Alsace, ou le Grand Bailli installé à Haguenau. Louis XIV va progressivement « grignoter » les privilèges des villes de la Décapole, réduisant leur autonomie et leur indépendance.

1659 : sous l’impulsion de l’abbé Dom Charles Marchant, premier abbé français, le monastère est intégré à la congrégation bénédictine lorraine de St Hydulphe et St Vanne, ce qui aura des conséquences bénéfiques sur son rayonnement. Dom Charles Marchant, arrivé à Munster en 1656, souhaite également reconstruire l’abbaye fortement ruinée par la guerre de Trente Ans, en 1680 les anciens murs sont abattus. En 1681 Dom Louis de la Grange, succède à Dom Charles Marchant comme abbé de Munster et il continue l’œuvre de son prédécesseur, en 1682 les nouvelles fondations sont posées et en 1686 l’essentiel des nouveaux bâtiments est terminé. Le jardin (ancien Kloschtergàrta, qui se situait à l’emplacement actuel de la salle des fêtes ) est réalisé en 1692, et l’on commença la même année les boiseries du chapitre, du réfectoire et de la bibliothèque10. Mais certains travaux vont se continuer jusqu’en 1770.

1673 : en août 1673, Louis XIV lassé de la résistance des villes de la Décapole, en particulier les villes protestantes, décide de frapper un grand coup. Il vient en Alsace, et fait démanteler les remparts de Colmar, Obernai, Sélestat et Munster.

5 janvier 1675 : bataille de Turckheim, le maréchal Turenne remporte une victoire éclatante sur les troupes impériales. La vallée est à nouveau malmenée par les troupes françaises, qui dévastent les caves de l’abbaye.

De 1685 à 1789

1685 : révocation par Louis XIV de l’Édit de Nantes, voulu et signé par son grand-père Henri IV en 1598. En 1686 le principe du simultanéum est introduit à Munster, l’église St Léger est utilisée par les deux confessions, protestante et catholique, le chœur étant entièrement réservé au culte catholique.
Le simultanéum sera introduit en 1727 dans l’église de Muhlbach.
Malgré de nombreux remous et des protestations contre l’autorité et l’arbitraire des représentants du Roi de France, aggravés par les tensions liées à la forêt et à son exploitation, le XVIIIème siècle voit augmenter la population globale de la vallée, et surtout l’industrialisation y fait son apparition.

1690 - 1696 : Dom Calmet fait son noviciat à l’abbaye St Grégoire de Munster.

1704 -1706 : Dom Calmet est sous-prieur à l’abbaye de Munster. Il est chargé de rédiger l’histoire de l’abbaye à partir des documents existants. Son travail terminé en 1704 est intitulé : « Histoire de l’abbaye de Munster » ne sera publié qu’en 1882 à Colmar.

1717 : serment du Forlet. Les représentants des habitants de la vallée se jurent mutuellement fidélité dans leur lutte contre le Magistrat de Munster et l’autorité royale française.

1736 : nomination d’un préteur royal. Représentant de l’absolutisme royal, il a tous les pouvoirs dont le droit de veto qui lui permet de s’opposer aux décisions du Conseil de la Communauté. Cela occasionne des remous dans la vallée.

1744 : exploitation de la forêt du Herrenberg par le banquier Georges Daniel Kückh de Strasbourg, au détriment des habitants de la grande vallée, en particulier ceux de Sondernach, cela entraîne de nombreuses protestations.

1749 : une nouvelle loi sur la forêt est promulguée, qui limite de manière draconienne les droits des habitants, remettant en question l’ancien ordre des choses.

1723-54 : entre ces deux dates fonctionne à Munster, au lieu-dit Leymel, une manufacture de cuivre jaune qui emploie quelques ouvriers. Elle est la propriété de Jean-Ulrich Goll, stettmeister de Colmar. Une partie des canaux reliant Luttenbach à Munster remonte à cette époque.

Reproduction de la représentation de Munster
Vue de Munster en 1750 avec l’église abbatiale et l’église St-Léger, Schoepflin, Alsatia Illustrata.

1753 : Voltaire séjourne du 13 au 28 octobre à la Papeterie Schœpflin de Luttenbach, fondée vers 1742 par Jean-Frédéric Schoepflin, le frère du grand historien Jean-Daniel Schoepflin.

1760 : c’est en cette année qu’aurait été tué, selon la tradition orale, le dernier ours de la vallée, près de Mittlach, à l’entrée de la vallée de la Wormsa, au lieu-dit « Ahschieren », par un paysan de Metzeral nommé Bill.

1769 : entrée du régiment Schœnberg dans la vallée pour mater la rébellion.
La même année, sous la direction de l’abbé Dom Sinsart, la construction du palais abbatial est terminée. La décoration intérieure dont Dom Benoit Aubertin, dernier abbé de l’abbaye bénédictine saint Grégoire de Munster a la responsabilité, ne sera pas entièrement terminée à la Révolution.

1774 : une nouvelle constitution remplace l’ancienne. La population de la vallée est regroupée en 4 corporations : les paysans, les boulangers, les tailleurs, les forgerons.

1775 : les habitants de la vallée refusent de prêter serment à la nouvelle constitution.

1776 : Jean-Jacques Schmaltzer, bourgeois de Mulhouse ouvre une usine de tissage de coton à Munster, au lieu dit « Breitgraben », dans l’actuelle partie supérieure de la rue des Clés.

1777-1778 : de nombreux habitants de la vallée se retrouvent emprisonnés dans les tours des Ponts Couverts de Strasbourg, à la prison d’Ensisheim, pour motif de refus d’obéissance à l’autorité royale. Ils y resteront de longs mois.
Deux bourgeois de la vallée qui se sont rendus à Paris dans l’espoir d’une entrevue avec le Roi à Versailles, et après avoir attendu en vain pendant plus d’une année, sont emprisonnés.
100 délégués se rendent à Versailles mais sont arrêtés avant d’avoir atteint le palais royal… 8 d’entre eux sont arrêtés et envoyés aux galères, mais ils reviendront dans la vallée peu de temps plus tard.
Pour donner un aperçu de la population de la Communauté du Val et de la Ville de Munster, en 1770 on dénombre 8 000 habitants, en 1782 : 10 000 habitants.

1778 : le régiment Boulonnais constitué de 1 000 hommes s’installe dans la vallée.

1783 : le 19 septembre 1783, André Hartmann, natif de Colmar, vient à Munster, et s’associe à Jean Henri Riegé, pour la direction d’une usine textile, celle du Graben.

1786-1789 : Dom Benoit Aubertin, dernier abbé de l’abbaye saint Grégoire termine l’aménagement intérieur du palais abbatial sur le bord sud-ouest de la place du marché de Munster, la partie qui subsiste porte toujours le nom de « Bàssiàl ». La Révolution interrompt définitivement le chantier.

Reproduction de la représentation de l'abbaye
Une perspective d’ensemble de l’abbaye de Munster à la veille de la Révolution, par Hans Matter.

1789 : la nouvelle de la prise de la Bastille à Paris est connue dans la vallée le 24 juillet. Le 25 les paysans de Sondernach prennent leurs outils et marchent sur le symbole du pouvoir et de l’arbitraire royal, l’hôtel de ville de Munster, siège du gouvernement local. Au fur et à mesure qu’ils se rapprochent de Munster, la troupe grossit. L’Hôtel de ville est pris d’assaut et certains membres du Magistrat fortement malmenés ; mais le préteur royal Jean-Joseph Barth, qui a sentit venir la rébellion, a émigré. Les insurgés se rendent également à la maison du préteur royal (située à l’entrée de l’actuel parc Albert Schweitzer) qu’ils fouillent et pillent, ils y découvrent des documents comportant des listes de personnes à emprisonner.

En octobre 1789, suite au décès de Jean Henri Riegé, André Hartmann se retrouve seul propriétaire de l’usine textile de Munster.

1790 : le premier Maire-Président de la Communauté du Val et de la Ville de Munster est élu, il s’agit d’un citoyen Barth.

1791 : les derniers moines quittent l’abbaye bénédictine de Munster.
La majeure partie de la bibliothèque du monastère de Munster est transférée à la bibliothèque municipale de Colmar. Elle comportait 8 000 volumes ; actuellement M. Gérard Bobenrieter a répertorié 4726 volumes conservés à Colmar.
L’abbaye est vendue en tant que bien national.
La même année, le cimetière qui se trouvait auparavant autour de l’église saint Léger est déplacé au pied du Narrenstein.

De décembre 1793 à avril 1796, une partie de l’abbaye est transformée en hôpital militaire.

1792-1795 et 1799-1814/15 : André Hartmann est Maire-président de la vallée. 1794 : les églises sont fermées, les cultes interdits, c’est la Terreur.

De 1800 à 1914 : Le siècLe Des HartMann

Il se caractérise pour l’essentiel par l’industrialisation, la modernisation et l’ouverture de la vallée, et par l’essor du tourisme.

En 1800 André Hartmann emploie 1 200 ouvriers.

1801 : la population globale de la vallée comporte 15 000 habitants.
1802-1805 : le chœur et la nef de l’église abbatiale sont arrachés. En 1805, sur la recommandation du préfet Félix Desportes, les tours et les portes, vestiges de l’enceinte 18 médiévale sont démolis, pour faciliter selon la demande du préfet une meilleure circulation de l’air !

1804 : le 7 janvier naît à Munster, près de l’église catholique, le grand botaniste Frédéric Kirschleger, mort en 1869 à Strasbourg.

En 1814/15 la ville fait construire le Badischhof, pour y installer les troupes d’occupation badoises faisant partie des Alliés ennemis de Napoléon Ier. En 1818 après le départ des Alliés, André Hartmann rachète la caserne et la transforme en cité ouvrière. Le nom ancien de l’édifice est « bâtiment des carrières »11.

1818 : André Hartmann s’associe avec ses deux fils Frédéric et Henry et fonde la société « Hartmann et Fils ». Jacques Hartmann commence la construction de l’immense bâtiment du Hammer, qui est une filature. Auparavant la vallée a connu deux occupations, en 1814 celle des troupes bavaroises, en 1815 celle des troupes autrichiennes qui amènent avec elles la valse, et celle des soldats badois. Ces occupations sont liées aux défaites de Napoléon Ier.

Reproduction de la représentation de Munster
Vue de Munster prise au Narrenstein, vers 1820, J. Rothmuller.

1835-1837 : construction par les Hartmann de la digue du Lac Vert, anciennement dénommé « Darensee ».

1847 : fin de la Communauté d’habitants du Val saint Grégoire. Chaque commune a droit à son propre ban.

1854 : construction de la digue du Fischboedle par J. Hartmann et E. Christmann. Le petit lac est utilisé pour la pisciculture.

Reproduction de la représentation de la place du marché
Vue de la place du Marché de Munster en 1833, Henri Lebert.

1857 : trois grandes usines fonctionnent à Munster

  • le couvent : s’ Kloster au centre de la ville,
  • le blanchiment : di Owerbläich ; ainsi que la teinturerie, sur le site du Graben,
  • le Hammer: à la sortie de Munster vers Colmar.

Le Leymel, situé entre Munster et Luttenbach, est également un lieu d’activité industrielle.

Au cours de la même année, la production d’indiennes est arrêtée. Nommées Hartemines elles avaient fait la réputation et la fortune des Hartmann.
Par décret impérial, Frédéric Hartmann devient maire de Munster, il va transformer en profondeur l’aspect de la ville, et l’ouvre au progrès.

1858 : visite de Napoléon III en juillet à Munster. Il passe une nuit dans la maison de Frédéric Hartmann-Metzger, située autrefois à l’entrée de l’actuel Parc Albert Schweitzer (Herragàrta).

1859 : inauguration de l’école primaire de Munster, offerte par l’industriel, et ancien pair de France, Frédéric Hartmann-Metzger, à la ville. L’ancienne école se trouvait 1, rue des Tanneurs, au bord du canal.

1860 : fin de la construction de la route de la Schlucht. Commencée en 1842, la partie comprise entre Soultzeren et le Collet de la Schlucht a été entièrement financée par Frédéric Hartmann-Metzger et Henry Hartmann. Elle ouvre la vallée de Munster sur la Lorraine. Le tunnel a été percé vers 1845. Pour marquer la fin des travaux, les Hartmann font construire en 1858/59 un chalet, le fameux chalet Hartmann qui recevra la visite de l’empereur Napoléon III, en 1865 et 1867 et plus tard de Guillaume II, en 1908.

1863/65 : le clocher de l’ancienne église abbatiale, fissuré, est détruit. Le dernier vestige de l’église abbatiale disparaît.

1866 : le cimetière de Munster situé au pied du Narrenstein est déplacé à son emplacement actuel, à l’entrée du vallon du Heidenbach.
Inauguration de l’école maternelle de Munster, « salle d’asile », construite par Frédéric Hartmann. Auparavant la salle d’asile se trouvait dans le bâtiment de l’ancienne Laub, place du marché.

Entre 1867 et 1873, la « Laub » a été démontée et reconstruite à son emplacement actuel.

1868 : la voie ferrée de Munster-Colmar est inaugurée. Elle est le résultat de la volonté acharnée de Frédéric Hartmann de désenclaver la vallée. Elle sera ultérieurement prolongée jusqu’à Metzeral, en 1893. De 1868 à 1871 elle est propriété de la ville de Munster qui la vend en 1871 à l’empire allemand. Le projet de Frédéric Hartmann de creuser un tunnel entre Mittlach et Krüth n’aboutira pas.

Entre 1866 et 1870, le Parc André Hartmann est créée.

1870-1871 : Guerre franco-prussienne. Mis à part quelques combats entre troupes allemandes et francs-tireurs il n’y a aucune opération militaire dans la vallée. Le traité de Francfort, signé le 10 mai 1871 scelle l’annexion de I’Alsace et d’une partie de la Lorraine au nouvel Empire allemand. Munster devient ville frontière.

Reproduction de la représentation de l'église protestante
L’église protestante en construction vers 1872.

En 1871 paraît à Colmar, le premier guide du tourisme des Vosges. Il s’agit de l’ouvrage de Jean Bresch : « la vallée de Munster et les Vosges centrales, guide du touriste ». Ce livre marque l’essor et le développement du tourisme dans l’ensemble des Vosges, et en particulier dans la vallée de Munster.

1872 : fin de la construction de la tour Jacques Hartmann, ou « tour aux cigognes ». L’architecte et le sculpteur sont les mêmes que ceux de l’église protestante. Elle sert essentiellement de cage d’escalier à l’ancien palais abbatial.

1873 : le temple protestant de Munster est terminé, la construction avait commencé en 1867. L’architecte, Frédéric de Rutté, est originaire des environs de Neuchâtel en Suisse, et le sculpteur Eugène Dock est un strasbourgeois. Le 1er janvier 1874, l’église Saint Léger redevient église catholique.

1884 : inauguration du bâtiment de la Realschule à Munster. Frédéric Hartmann, mort en 1880, s’est dépensé sans compter pour réaliser ce projet.
La même année est construit le premier hôtel à vocation touristique directe, il s’agit du « Grand Hôtel » à côté de la gare de Munster.

1887 : inauguration de l’hôpital Lœwel à Munster.

Entre 1886 et 1891/92 sont construites la plupart des digues des lacs de la vallée de Munster. L’inauguration d’ensemble est faite en 1889, la mise en service en 1891/92.

1889 : le 29 mai 1889, le Statthalter prince Chlodwig von Hohenlohe-Schillingsfürst, prince de Ratibor et de Corvey, représentant de l’empereur, et gouverneur du Reichsland Elsass-Lothringen, se déplace en personne pour inaugurer solennellement à l’Altenweiher, l’ensemble des nouveaux lacs construits par l’administration du Reichsland : l’Altenweiher, le Schiessrothried, ainsi que les digues consolidées du lac du Forlet, et du lac de Soultzeren ou Darensee.

1893 : prolongement de la voie ferrée de Munster à Metzeral, en vue de la percée des Vosges.

1905 : la vallée comporte 23 500 habitants, c’est le plus important chiffre atteint.

1907 : inauguration du tramway électrique Munster-Schlucht, Münster-Schlucht-Bahn, il est à crémaillère, avec une pente à 22° entre la Saegmatt et l’hôtel de l’Altenberg. C’était le plus haut chemin de fer de l’empire allemand. Il cessera de fonctionner en septembre 1914.

1908 : le 11 septembre 1908, l’Empereur Guillaume II visite la vallée et monte jusqu’au Chalet Hartmann à la Schlucht, tout près de la frontière franco-allemande.

1910 : inauguration de sentier Heinrich Strohmeyer ou sentier des roches. 22

De 1914 à 1945

3 août 1914 : Première Guerre mondiale. Munster est aux premières loges de ce conflit international. Cette guerre est une véritable catastrophe pour la vallée, qui va être transformée en champ de batailles et de ruines.

Après quelques combats aux alentours de la Schlucht et de l’Altenberg, les choses sérieuses commencent le 17 août 1914 : ce jour-là les troupes françaises essentiellement constituées du 15-2 et de bataillons de chasseurs alpins font leur entrée à Munster. Elles continuent leur avancée en direction de Colmar, mais sont obligées de rebrousser chemin.

Le 19 août 1914, Munster qui grouille de soldats français est bombardée par l’artillerie allemande.

4 septembre 1914 : combats du Mœnchberg, victoire allemande ; les vallées derrière Munster sont françaises, Munster se trouve coincée entre les deux belligérants. Les bombardements d’artillerie sont quotidiens.

19 février - 24 février 1915 : grande offensive allemande de « reconquête », Stosswihr est soumise à un intense bombardement d’artillerie et est complètement détruite.
Les habitants sont évacués.

À partir d’avril 1915, Soultzeren est évacuée à son tour, du côté français.
Mittlach est occupée par les troupes françaises dans la seconde moitié du mois d’avril.

De février à avril 1915 de très durs combats se déroulent sur les deux Reichackerkopf.

Reproduction de la représentation de Munster en ruines
Munster après 1915...

15 juin - 21 juin 1915 : Bataille de Metzeral, qui se termine par une victoire française. Sondernach, Metzeral, Muhlbach et Breitenbach sont évacués et totalement détruits.

20 juillet 1915 - 15 octobre 1915 : Bataille du Linge-Schratzmannala-Barrenkopf.

À partir du 25 août Munster est évacuée ainsi que Luttenbach. Derrière Munster il ne reste qu’un immense champ de décombres.
Au total entre 30 000 et 40 000 soldats sont tombés lors des batailles de l’année tragique 1915, et plus de 16 000 civils ont été déplacés et ont dû fuir leurs maisons et leurs communes

1919 : Dès le retour des premiers habitants, au lendemain de l’armistice du 11 novembre 1918, et après avoir constaté l’ampleur des dégâts, la reconstruction est lancée. De nouveaux villages naissent sur les champs de ruines.

Juillet-août 1925 : Grande exposition artisanale et commerciale à Munster, sur l’emplacement de l’ancien site industriel du Graben. Elle marque ainsi la fin de la reconstruction, et le début d’une nouvelle époque. Quelque 25 000 personnes viennent visiter cette manifestation régionale.

1927 : le 11 décembre 1927, l’église protestante de Munster est rendue au culte, après 8 années de travaux, liés aux dégâts de la Première Guerre mondiale.

1928 - 1932 : crise économique ; la vallée est touchée de plein fouet par le chômage.

1937 : exposition d’« antiquités » à la salle de la Laub, dans le but de la constitution d’un musée historique à Munster. Les arts et traditions populaires de la vallée y figurent en bonne place.

3 septembre 1939 : début de la Seconde Guerre mondiale.

18 juin 1940 : bombardement par obus incendiaires et destruction de Wihr-au-Val par les troupes allemandes. Munster et le restant de la vallée sont occupés par l’armée allemande. Des combats intenses ont lieu aux alentours de la Schlucht, du Hohneck, du Rainkopf et du Markstein, jusqu’au 22 juin.
L’occupation et la dictature national-socialiste entraînent un cortège de malheurs et de répression.

25 août 1942 : incorporation de force des Alsaciens.

15/16 mars 1944 : crash d’un Lancaster anglais à Sondernach.

Décembre 1944 : du 3 au 14, d’âpres combats opposent soldats français et allemands pour la prise du Hohneck, dans des conditions extrêmes de froid (fortes chutes de neige).

7 janvier 1945 : crash d’un Lancaster anglo-canadien au Hohrodberg.

31 janvier 1945 : les autorités allemandes procèdent à une série d’arrestations.

5 février 1945 : libération de la vallée par les troupes françaises et américaines.

De 1945 à nos Jours

Printemps 1947 : inondations catastrophiques suite au dégel et à la rapide fonte des neiges.

18 Juillet 1950 : décès du dernier Hartmann, André Hartmann.

1962 : la dernière locomotive à vapeur circule sur la ligne de chemin de fer Colmar- Metzeral.

3 janvier 1965 : inauguration de l’école maternelle du Bàdischhof à Munster.

1967 : le 15 octobre, la salle des fêtes de Munster, construite sur l’ancien « Kloschtergàrta », orangerie de l’abbaye, transformée ensuite en jardins ouvriers, est inaugurée.

1968 : création de la route du fromage de Munster.

1971 : création de la zone industrielle de Munster.

1973 : mise en place du SIVOM du canton de Munster sous l’égide du conseiller général Alfred Monhardt, il devient opérationnel en 1976.

1984 : le 6 juin, la nouvelle caserne des sapeurs-pompiers de Munster est inaugurée au pied du Narrenstein.

1987 : célébration du 700ème anniversaire de la Communauté d’habitants du Val saint Grégoire.

1988 : création du Jazz festival de Munster sous la direction de Michel Hausser.

6 juillet 1991 : inauguration du nouveau lycée de Munster, qui porte le nom de Frédéric Kirschleger.

1994 : le 25 juin a lieu l’inauguration de la maison du Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges, dans le bâtiment du Prélat, partie de l’ancienne abbaye.

15 octobre 1994 : date de l’inauguration de la salle des sports de Munster, à côté de la gare SNCF.

1996 : création de la Communauté de Communes de la Vallée de Munster qui remplace le SIVOM.

14 décembre 2001 : inauguration de la nouvelle piscine intercommunale de Munster (les bassins extérieurs le sont le 15 juin 2002).

17 mars 2002 : inauguration de la salle de la Laub rénovée.

19 janvier 2004 : inauguration de la station SNCF du Badischhof.

6 février 2005 : 60ème anniversaire de la Libération de Munster et de la vallée.

fin août 2005 : la rénovation et modernisation de la ligne de chemin de fer Colmar- Metzeral est terminée.

15 septembre 2005 : le nouveau collège de Munster qui accueille 900 élèves est inauguré.

19 octobre 2008 : inauguration du premier sentier des poètes/Dichterwaj, bilingue d’Alsace.

2009 : inauguration du nouvel accueil périscolaire, rue Frédéric Hartmann.

2 avril 2011: inauguration de la Maison du Fromage Vallée de Munster, à Gunsbach.

23 octobre 2013 : mise en fonction de la « Fromagerie de la vallée de Munster », à la Maison du Fromage, à Gunsbach.

Reproduction de la photographie de Munster
Munster aujourd’hui... (ph. : S. Wernain).

Références :

  1. KIRSCHLEGER Frédéric, Das Münsterthal, 1842, p. 21.
  2. SCHMITT Pierre, 1934.
  3. Carte de SPECKLIN, XVIème siècle.
  4. SCHMITT Pierre, 1930.
  5. SCHERLEN Auguste, 1925.
  6. L. COLE Roger, 1984.
  7. Jean Matter, 1951
  8. HECKER F., 1890.
  9. HECKER F., 1890.
  10. Dom CALMET, 1882, p. 221.
  11. Plan d’alignement de la Ville de Munster, 1858/1859, Archives municipales de Munster.

Repères pour une histoire de la vallée de Munster

2/ Le traité de Marquard (1339)