4/ Les Hartmann

Quelques figures d’une dynastie d’industriels

Les Hartmann ont régné sur la vallée de Munster pendant près d’un siècle et demi. Indus- triels, mécènes et hommes politiques influents, ils ont transformé en profondeur la vie des habitants, modernisant la ville et désenclavant la vallée et l’ouvrant aux innovations techniques.

André Hartmann (1746-1837)

Photographie André Hartmann

C’est le « fondateur ». Son père est originaire d’Emmendingen en Forêt Noire. André Hartmann épouse, en 1771, Catherine Waag, ils auront quatre enfants.

À dix-huit ans, André quitte la maison paternelle, le sac au dos, pour parcourir l’Allemagne à pied, amassant ainsi une riche moisson de connaissances. Revenu à Colmar, il acquiert rapidement une grande réputation de coloriste.

Le 19 septembre 1783, il s’associe à J.-H. Riegé, industriel à Munster. En 1786, le contrat est renouvelé et en octobre 1789, en pleine Révolution, il devient seul propriétaire de l’usine, son associé Riegé étant décédé.

Les choses vont aller très vite. En 1793, les bâtiments du monastère sont vendus comme biens nationaux et André Hartmann se porte acquéreur d’une partie. En 1795, il achète l’ancienne propriété du préteur royal de Munster, de Barth, chassé par la Révolution, cette maison se trouvait au début du Parc Albert Schweitzer. En 1800, les usines dont André Hartmann est propriétaire occupent 1 200 ouvriers et produisent 25 000 pièces de tissus par année. C’est en 1818, qu’André Hartmann s’associe à ses deux fils, Frédéric et Henry et forme une nouvelle société : «Hartmann et Fils». Auparavant, le nombre d’ouvriers a augmenté et André Hartmann a acheté une partie du Schlosswald et du Gaschney. En 1821, André Hartmann est nommé chevalier de la Légion d’Honneur. En 1826, il se retire de la société, en laissant la gestion à ses deux fils. La production se développe et se diversifie. La maison Hartmann se fait connaître au niveau national pour la bonne qualité de ses produits ; plusieurs dépôts sont installés en France et à l’étranger.

En 1837, André Hartmann meurt à l’âge de 91 ans. Outre ses fonctions de chef d’entreprise, il a également été un des premiers maires de Munster (1792-1795 et 1799-1814/15).

Il a dit de ses fils : « Mes fils sont des hommes ! »

Frédéric Hartmann-Metzger (1772-1861)

Photographie Frédéric Hartmann-Metzger

Fils aîné d’André Hartmann. Dès l’âge de 20 ans, il est le représentant du Haut-Rhin à Paris pour acclamer la nouvelle Constitution donnée à la France républicaine. Il n’a aucune sympathie pour l’ancien régime. Pendant les quinze années de la Restauration, il se tient à l’écart des activités politiques et se consacre entièrement à ses usines.

En 1830, il est député de l’arrondissement de Colmar. Le roi Louis Philippe le tenait en grande estime et écoutait volontiers ses conseils. C’est grâce à l’obstination de Frédéric et de son frère Henry que les travaux de la route de la Schlucht ont débuté à partir de 1842. C’est lui qui va la prolonger jusqu’au Collet (1842-1860).

En I846, il est élevé par Louis Philippe au rang de « Pair de France ». Il est aussi à l’origine de l’école primaire de Munster (1859) et l’un des restaurateurs du couvent des Unterlinden à Colmar, futur musée. En 1859-60, il fait prolonger la route de la Schlucht jusqu’à Soultzeren, ouvrant ainsi une grande voie de communication qui fait sortir la vallée de Munster de son isolement relatif. En 1843, il se retire de la Société Hartmann.

Il meurt à 89 ans, le 2 mai 1861, entouré de ses neveux et nièces, lui- même n’ayant pas eu d’enfants.

Jacques Hartmann (1774-1839)

Photographie Jacques Hartmann

Second fils d’André Hartmann, il est le fondateur de la filature du Hammer en 1818. Il se dépense sans compter pour son entreprise, à tel point qu’il passe beaucoup de ses nuits sur un divan dans son bureau. Dans sa jeunesse, ardent défenseur des principes de la Révolution, il s’est engagé en 1791 et 1794 dans l’armée ; ce n’est que sur l’insistance de sa famille qu’il est revenu prendre sa place dans le développement de l’industrie munstérienne. Le Hammer était considéré comme un des plus beaux «châteaux» de l’industrie alsacienne.

Passionné par l’art, Jacques Hartmann invite, à plusieurs reprises, de grands artistes à venir se produire à Munster.
Sa fille Caroline, magnifiquement douée pour le piano, est l’élève de Chopin et de Liszt à Paris. Elle meurt subitement au grand désespoir de son père qui en est profondément affecté. Malade, usé par le travail pour lequel il s’est dépensé sans compter, il meurt en mars 1839.

Henry Hartmann (1782-1856)

Photographie Henry Hartmann

Troisième fils d’André Hartmann, il fait, dès son plus jeune âge, partie de la génération des industriels qui marquent leur temps. Austère et sévère avec lui-même, il est généreux et libéral avec les autres. En 1814, il est capitaine des lanciers à Breisach, au moment où les Autrichiens envahissent pour la deuxième fois l’Alsace. Énergique et courageux, il est admiré de ses hommes. En 1821, il intervient à la chambre des députés à Paris, pour que la France rapatrie les cendres de l’empereur Napoléon. En 1831, il est nommé capitaine de la garde nationale à Munster et reste en fonction jusqu’en 1846.

Il meurt à Munster, entouré de ses enfants, le 23 novembre 1856.

Jules Henry Hartmann (1820-1881)

Photographie Jules Henry Hartmann

Il épouse, en 1848, Mlle Blanche Sanson-Davilliers. Admis à l’École centrale des arts et manufactures à Paris, où il passe trois années, il en sort avec un diplôme de chimiste qu’il va mettre à profit à Munster.

Après s’être voué dix années à la fabrique d’indiennes (célèbres dans toute l’Europe), il se consacre ensuite au perfectionnement du blanchiment. Travailleur acharné, il savait être à la fois ferme et bienveillant.

Jacques Félix Frédéric Hartmann (1822-1880)

Photographie Jacques Félix Frédéric Hartmann

En avril 1847, il épouse Mlle Aimée Sanson-Davilliers, dont le souvenir est encore présent dans la mémoire munstérienne. Il fait de brillantes études de droit à Paris et, après avoir acquis le titre d’avocat, il vient à Munster s’occuper des affaires industrielles de sa famille Mais non content de cela il est également, et pendant de longues années, maire de Munster (1857-1880) et membre du conseil général du Haut-Rhin.

C’est à lui que Munster est redevable de la plupart des grandes transformations qui l’ont modernisée. Il est à l’origine de la construction de la voie ferrée Colmar - Munster qu’il envisageait de prolonger au-delà des Vosges (1868), du nouveau quartier compris entre la place du Marché et le collège actuel. Il est également à l’origine de la construction de l’église protestante, des écoles maternelles (1866), du parc André Hartmann. Passionné par les problèmes de l’instruction publique, il rédige une brochure sur l’école. Élu en 1869, il est un des députés protestataires à l’Assemblée nationale de Bordeaux, au moment où la France abandonne l’Alsace-Lorraine à l’Empire allemand. Après cela, il se retire de la vie politique malgré de nombreuses sollicitations et se consacre entièrement à ses affaires munstériennes. Déjà épuisé et malade, il se rend à Strasbourg pour plaider la cause de sa Realschule. Homme au grand coeur, ardent au travail et entièrement dévoué à sa ville, il mérite bien de ne pas être oublié par les Munstériens.

Alfred Hartmann (1826-1898)

Photographie Alfred Hartmann

Alfred Hartmann est né le 26 mai 1826 à Munster. En 1871, il quitte Munster pour ne pas devenir citoyen allemand, mais après la disparition d’Albert Hartmann en 1884, il revient pour gérer les affaires de l’entreprise, conjointement avec Philippe Duval jusqu’en 1888, puis, à partir de 1889, avec son neveu André Hartmann (1865-1950). C’est lui qui est le promoteur et constructeur de l’hôtel Altenberg, situé tout près de la Schlucht et qui a été inauguré en 1896.

Julie Aimée Hartmann (1826-1907)

Photographie Julie Aimée Hartmann

Mme Julie Aimée Hartmann, épouse de Frédéric Hartmann (1822- 1880), née Aimée Sanson-Daviliers. Elle était profondément attachée à toutes les œuvres de son mari et associée instinctivement à ses sentiments de philanthropie pour la classe ouvrière. Prolongeant l’œuvre de son mari, décédé brutalement en 1880, elle préside de longues années durant la Société philarmonique de Munster.

Elle dote Munster d’une quantité d’œuvres utiles, tels que la crèche, les belles cités ouvrières Frédéric-Henri en 1887, la cité ouvrière de la petite vallée, celle du Birken, de la Bleich, de l’Inselhof (1900) construites en commun avec sa sœur Blanche Hartmann. Elle fait édifier vers 1888 une salle de répétition et de concert de l’Harmonie Hartmann, de même qu’une magnifique salle de concert et de théâtre en 1892, réservée aux concerts de la Société philarmonique. Fortement endommagée au cours de la Première Guerre mondiale, cette salle a été arrachée par la suite.

Blanche Hartmann (1828-1908)

Photographie Blanche Hartmann

Mme Blanche Hartmann, épouse de Henry Hartmann (1820- 1881), née Sanson-Davilliers. Pendant cinquante ans, elle préside la Société de Charité des Dames. Son nom est associé aux belles cités ouvrières réalisées en commun avec sa sœur Julie-Aimée. En 1903, elle fait construire le dispensaire de Munster.

Albert Hartmann (1851-1884)

Photographie Albert Hartmann

Après avoir fait ses études à Paris, il s’engage dans les légions d’Alsace- Lorraine en formation à Lyon. Après la paix en 1871, il revient à Munster, mais doit repartir, jugé indésirable par les Allemands. Il fait de nombreux voyages qui lui permettent de s’informer et de se former aux questions industrielles et commerciales. Il revient en 1879 à Munster pour s’initier aux affaires familiales. Mais en l’espace de quelques années, il perd son oncle et son père et se retrouve seul chef d’une des plus puissantes maisons industrielles d’Alsace. Il projette la construction de maisons ouvrières, il fait aménager une salle de lecture pour ses ouvriers et a l’intention d’organiser des cours du soir pour ceux-ci, quand il est emporté par la maladie à l’âge de 33 ans.

En l’espace de quatre années, la maison Hartmann perdit trois de ses membres éminents.

André Hartmann (1865-1950)

Photographie André Hartmann

André Hartmann, fils de Jules Henry Hartmann (1820-1881) et arrière petit-fils du fondateur des manufactures, est le dernier de la lignée munstérienne des Hartmann à Munster.

Au cours de l’année 1872, ses parents optèrent pour la France, mais en 1889, il revint à Munster occuper sa place de chef des usines Hartmann et Fils. Il les géra en commun avec son oncle Al- fred Hartmann. Suite au désastre de la Première Guerre mondiale qui vit la destruction de l’ensemble des usines munstériennes, il mit tout en œuvre pour la reconstruction des usines ainsi que des communes sinistrées de la vallée de Munster.

En 1920, il fonda une coopérative de reconstruction de la vallée et devint également président de la coopérative de reconstruction des églises protestantes de la vallée ainsi que président des 55 coopératives de reconstruction du Haut-Rhin. Il a été maire de la ville de 1925 à 1929 et conseiller général de 1919 à 1934. Il a éga- lement occupé la fonction de Président de la Chambre de Com- merce et d’Industrie de Colmar.

Aperçu généalogique de la famille Hartmann


Aperçu généalogique de la famille Hartmann

Sources :

  • RAUGEL Michel, « La généalogie de la famille Hartmann », in ASHVVM, t. 51, 1997.
  • Notice historique de la Maison Hartmann et fils et descendance de Monsieur Hartmann-Schouch, Strasbourg, 1894.
  • Site de la famille Koechlin

3/ Le traité de Kientzheim (1575)

5/ Les communes de la vallée de Munster