3/ Le traité de Kientzheim (1575)

La crise entre l’abbaye et la communauté d’habitants de Munster et son règlement par le traité de Kientzheim

Vincent FELLMANN

Traduction du Traité de Schwendi

Gravure représentant Lazare de Schwendi
Lazare de Schwendi (1522-1583).

Le traité de Kientzheim, ou médiation de Schwendi n’a que peu été étudié par le passé La dernière traduction du traité de Kientzheim remonte au XVIIème siècle avec le travail de Rieden, il est cependant lacunaire et n’est plus d’actualité. En outre, son travail n’est que d’une fiabilité limitée pour effectuer un travail de commentaire du traité. Cet exercice de traduction pose un certain nombre de difficultés. Le premier type de problématiques posées est le problème linguistique. Le traité est écrit en allemand pré- moderne ou frühneuhochdeutsch. On peut distinguer deux types de langues. La première couvre l’ensemble du traité et correspond à l’allemand parlé au XVIème siècle en Alsace. La deuxième correspond à un allemand antérieur utilisé de la moitié de la page 21 à la moitié de la page 23 dans la longue citation du traité de Berwart de 1363. En comparant les deux langues, on constate une évolution conséquente de la langue en deux siècles. L’allemand du XVIème siècle est grammaticalement plus construit et l’orthographe se rapproche plus de l’allemand ordinaire que la citation du traité de Berwart, ce qui semble normal.

La rédaction du traité a été effectuée par le greffier sous la dictée de Lazare de Schwendi. Cette marque d’oralité se retrouve à travers le traité. Le rédacteur ne peut pas réfléchir à la construction grammaticale de son travail en même temps qu’il rédige ce qu’il entend de la part du baron de Schwendi. On distingue ainsi des phrases nominales ou des phrases d’une longueur importante, rarement ponctuées par des points. Il est ainsi compréhensible que les citations de traités antérieurs soient d’une moins grande fiabilité dans la mesure où elles sont passées dans un double processus d’oralité, le médiateur originel, puis Lazare de Schwendi qui les cite. D’un point de vue linguistique, un certain nombre de dispositions on dû être prises pour des raisons de compréhension. La construction grammaticale de la traduction tente de respecter celle du traité en allemand, mais elle est obligée de s’en éloigner régulièrement. Certaines phrases dans la transcription ont dû être divisées en deux ou en trois dans la traduction dans un souci de cohérence en français contemporain. Cependant, rien n’a été enlevé au profit de la construction grammaticale dans le traité. Le souci principal a été de rester le plus proche possible du traité en allemand pré-moderne.

D’un point de vue historique, traduire une médiation impériale pose aussi un certain nombre de problématiques. La principale est la traduction des termes techniques. Les mots sont en effet précédés d’une histoire et d’une signification précise dans leur langue d’origine, qu’il est difficile de faire transparaitre avec la traduction. Des choix ont ainsi dû être effectués afin de transmettre de la moins mauvaise manière possible certains termes. D’une manière générale, la traduction s’efforce de suivre les choix de traduction effectués par M. G. Bischoff pour le traité de Marquard1 afin de conserver une certaine unité pour ces deux traductions qui sont liées dans une certaine mesure. Cependant, le choix du vocabulaire reste dans le domaine de la subjectivité et de l’interprétation. Le mot « Herr » ne peut par exemple pas être traduit par monsieur, car il transmet une certaine idée de respect. Les termes de « Sire », de « Sieur » ou de « seigneur » ont été préférés. Réciproquement, certaines traductions « littérales » ne peuvent pas être satisfaisantes, car elles véhiculent d’autres idées dans la langue cible. Ainsi le mot « convent » n’a pas pu être traduit par « couvent » en français, mais plutôt par « abbaye », car la signification d’abbaye est plus forte et correspond mieux au sens voulu par le rédacteur qui a utilisé « gotteshaus » et « convent » de manière interchangeable dans le traité. De grandes précautions ont été prises à ce niveau. Certains termes n’ont pas de traduction fixée en français, car ils représentent des concepts typiques du Saint empire. Il faut donc choisir une traduction satisfaisante, se rapprochant du sens du mot en allemand. Le terme « Dinghof » a ainsi été traduit par « plaid domanial » dans la traduction, mais peut aussi être traduit par « cour colonge ». Le droit de « zwing und ban » a été traduit avec plus de neutralité par « droit d’autorité et de ban ». Les termes litigieux ont leur correspondant en allemand pré-moderne en note de bas de page afin d’éviter tout contresens et de permettre au lecteur germanophone de se faire sa propre opinion sur le passage en question.

Certains termes historiques utilisés dans le traité sont des termes précis qu’il faut placer dans une nomenclature. Il s’agit du vocabulaire de la monnaie ou de la hiérarchie politique par exemple. Il est étonnant de constater l’absence de nomenclature officielle pour traduire ces termes-là, qui sont pourtant omniprésents dans les documents médiévaux. La traduction est différente chez chaque historien, ce qui amène un grand nombre de confusions pour le lecteur. Le mot « bailli » est souvent utilisé de diverses manières. Certains l’utilisent pour traduire aussi bien les termes « landvogt » que « untervogt » ou encore « reichsvogt », alors que l’importance de ces personnages n’est pas la même. Ainsi par un souci de clarté, le terme « bailli » est uniquement réservé au « landvogt » et à l’ « unterlandvogt », appelé « sous bailli ». Les deux sont des institutions régionales basées à Haguenau. Pour les délégués locaux tels que les « vogt », « untervogt » ou « reichsvogt », les dérivés du terme « avoué » ont été utilisés. Concernant la monnaie, la problématique est la même. Afin d’avoir la plus grande clarté de ce coté-là, les « gulden » sont des « florins », les « schilling », des « sous », les « pfund », des « livres » et les « pfening », des « deniers ». Il s’agit de la traduction la plus courante pour ces termes. De même, pour les poids et les mesures, la traduction a été prise dans les dictionnaires de François Jacques Himly2 afin d’obtenir une nomenclature plus rigoureuse. Leur nom originel en allemand est en note de bas de page.

Enfin, la dernière problématique historique correspond aux noms propres. Les personnages secondaires présentés au début et à la fin du traité demeurent dans leur orthographe originel pour ne pas faire de confusion. Les personnages principaux, Lazare de Schwendi ainsi que les différents abbés voient leur nom francisé selon leur traduction courante. Les villages ont été aussi francisés. Seuls les lieux-dits demeurent en italique dans leur orthographe allemande afin d’éviter les erreurs. Il s’agit aussi d’expliciter tous ces termes, ainsi, ils sont accompagnés d’une note de bas de page indiquant l’emplacement des lieux cités ou de décrire les personnages pour mieux situer et comprendre les enjeux du traité. La médiation fait en effet référence à un grand nombre de lieux, de personnages, d’évènements ou de traités précédents. Il s’agit donc de donner plus de précisions sur chaque référence. La cote des sources citées et les explications des dates données sont ainsi fournies.

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Traité apaisant toutes sortes de confits entre l’abbaye et la Ville de Munster dans le Val Saint Grégoire, par l’intermédiaire de Lazare de Schwendi3 et de la Ville de Haguenau4, en l’année 1575.

Il est à savoir qu’il persiste depuis très longtemps un différent et une discorde entre d’un côté les respectables et nobles seigneurs Adam de Holtzapfel5 et son prédécesseur Henri de Jestetten6, abbés et membres de la communauté de l’abbaye de Munster dans le Val Saint Grégoire et d’un autre côté, les honorables et sages maire et Conseil desdites Ville et Val de Munster. Dès lors, le très illustre, tout puissant et indéfectible souverain7 et seigneur, son altesse impériale Maximilien8, empereur romain sous ce nom, notre universel et gracieux seigneur auquel le maire et le Conseil de la Ville de Munster sont assujettis, sollicite une commission composée des nobles seigneurs suivants : le seigneur Lazare de Schwendi, baron du Haut Landsberg9, Triberg10 et Bergheim11, conseiller de sa majesté impériale et l’honorable Conseil de la Ville de Haguenau qui par une grande clémence se sont fait députer afin de régler ce différent avec votre serviteur12, soit à l’amiable, soit juridiquement et de clore les débats. Par la suite, votre serviteur et un honorable Conseil de ladite Ville de Haguenau convient les deux parties le mardi quinze mars de l’année en cours 1575 à Kientzheim13 pour que votre serviteur et des représentants du Conseil de la ville précitée de Haguenau, les éminents savants sieurs Philipsen de Gottesheim et Rochium Botzheim, tous deux anciens maires de la ville et Andreas Schollen, docteur en droit, syndic et greffier14 de la ville15, les résolvent en posant à l’amiable les points de discorde, si les deux parties se montrent coopérantes. À savoir : du côté de l’abbaye de Munster, le ci-nommé honorable seigneur Adam de Holtzapfel, administrateur de cette abbaye, conjointement aux tout aussi honorables et éminents savants Johann Sytterich, licencié en droit, official16 de la cour épiscopale de Bâle et le sieur Michaël Textorn, docteur dans les deux sortes de droit17, conseiller auprès de son altesse impériale18, l’archiduc Ferdinand d’Autriche et procureur de la régence19 d’Ensisheim, comme le sieur Georg Streitten, conseiller de son altesse et receveur général20 du baillage provincial21 de Haguenau en tant que délégués et assistants accompagnés de représentants du Conseil de la Ville de Munster. Tous sont réunis en cette séance après que les différentes parties aient préalablement mis par écrit et fait parvenir leurs problèmes et leurs points de discorde. Ces points ont aussi été exprimés verbalement de part et d’autre22. Après en avoir longuement étudié le contenu avec application, soin et discussion, votre serviteur et les ci-nommés honorables conseillers de la Ville de Haguenau, délégués en une commission impériale ont accordé à l’amiable les articles qui suivent.

Ainsi le maire et le Conseil de la Ville de Munster présentent le premier article de leurs griefs. Un abbé de Munster dans le Val Saint Grégoire devait et doit toujours considérer financièrement les compétences des deux curés, celui de Munster et celui de Muhlbach23, ainsi que du maitre d’école. Il ne le devait pas seulement à l’époque où l’ancienne religion catholique était encore exercée, mais il le doit aussi depuis que le maire et le Conseil accompagnés de toute la communauté bourgeoise ont soutenu et adopté la confession d’Augsbourg24 en tant que ville du Saint Empire et en vertu de

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la paix religieuse salutaire, mise en place et entérinée. Dans la mesure où les deux précédents abbés en place, l’abbé Petermann d’Aponex25 et Joachim Brining26 ont agit, sans contestation et avec bienveillance, lorsque Henri de Jestetten27 fut nommé abbé, celui-ci a immédiatement renié cette situation et a refusé de rémunérer la compétence des curés et du maître d’école du fait de la différence de confession. A ce sujet, la rétribution du curé de la ville et de celui de Muhlbach ainsi que celle du maitre d’école, a été mise à la charge de l’administrateur actuel comme cela était le cas auparavant. L’administrateur ainsi que l’ensemble de son entourage prétendaient ne pas être responsables de cela. Ils arguaient que les deux abbés précédents avaient agi sans autorisation sans même informer ni son altesse impériale, l’archiduc d’alors, ni sa grâce princière de Bâle28. Après concertation, le contenu suivant a été entériné afin de clore ce point de dispute. Il est à savoir qu’en premier lieu, en ce qui concerne l’entretien du curé de la Ville de Munster, l’administrateur doit lui donner chaque année sans contestation ainsi qu’à tous ses successeurs prédicateurs dans la Ville de Munster, selon le contenu et en vertu de ce qui touche aux dispositions de paix religieuse du Saint Empire, quarante florins29 d’argent, dix rézaux30 de froment, dix de seigle, cinq d’orge, cinq d’avoine, deux foudres31 de vin, un pré, un champ de chanvre, un setier32 de sel, un jardin pour les herbes, un setier de pois, un de haricots et ce qui concerne habituellement le presbytère.

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Quant au maitre d’école, il reçoit cinq florins d’argent, huit aime33 de vin et huit rézaux de grain.

En ce qui concerne la rémunération, il a été décidé qu’un représentant de l’abbaye fournit dix florins d’argent, dix rézaux de fruits et un demi-foudre de vin au vicaire de Muhlbach. Le maire et le Conseil de la Ville de Munster se doivent de laisser parvenir cet argent, ces fruits et ce vin.

Et par conséquent, si par la cause de l’honorable Conseil de la Ville de Munster, les émoluments du vicaire de Muhlbach et du maître d’école ne peuvent pas leur parvenir, le Conseil encourt 1500 florins d’amende. Vis-à-vis de l’abbaye, qui a introduit pendant six ans la règle de la dîme34, le surplus de cette dîme perçue, qui s’élève à 81 livres35, 16 sous36 et six deniers37, doit parvenir38 de la part de l’administrateur actuel pour mettre un point final à la querelle ci-nommée, et la régler.

En outre, il a été explicitement accordé que rien n’est enlevé au droit de patronage et au droit de collation39 d’un prélat de l’abbaye de Munster comme cela avait été envisagé, mais avec cet article, ces droits doivent être expressément40 réservés et retenus d’avance. Le maire et le Conseil doivent aussi présenter ou faire connaître les nouveaux prédicateurs à tout moment à un représentant de l’abbaye.

Pareillement, il doit être maintenu ici, que les réprimandes et les insultes à l’encontre des prédicateurs en train de prêcher, de sieur l’administrateur ou de qui que ce soit d’autre de l’ancienne religion, est complètement interdit. Aussi les bourgeois qui veulent à tout moment aller à l’église ne doivent pas en être empêchés, mais au contraire la liberté doit leur en être laissée.

Le maire et le Conseil de la Ville de Munster doivent aussi aide et conseil à tout moment à chaque abbé de l’abbaye de Munster pour que la grande et la petite dîme ainsi que le cens41 et d’autres services qui s’ajoutent aux dus par les bourgeois à l’abbaye, soient payés et arrivent loyalement et diligemment. En cela, on évite tout refus ou fraude. Et pour l’entretien et les émoluments desdits prédicateurs et maître d’école, l’abbé doit livrer les services et les revenus au maire et au Conseil de la ville par quartiers de manière proportionnelle par trimestre42 sans contestation.

En outre, le maire et le Conseil se sont aussi plaints de l’abbé précédent, Henri de Jestetten. Il aurait eu l’audace de les molester ainsi que les bourgeois de la Ville et de la Vallée et de les citer dans un procès ecclésiastique à Altkirch, cela sans considérer le traité de paix religieuse de l’empire. La juridiction ecclésiastique a suspendu complètement ceux qui appartenaient à la confession d’Augsbourg. Par la suite, l’abbaye, à travers le sire administrateur, s’est laissée imposer deux autorités permanentes différentes, une spirituelle et une temporelle, chargées de régler tous les cas sans exception. Pour le cas de la suspension de justice, la paix religieuse ne doit pas se comprendre ainsi. Le sieur l’administrateur devra à l’avenir se garder dans la mesure du possible de solliciter ce genre de procès ecclésiastique. Après avoir été abordée, cette plainte requiert la proposition que ce procès ecclésiastique d’Altkirch soit aboli, résilié et invalidé et que dans le futur, les deux parties se conformeront à la paix religieuse, à la constitution de l’empire, aux ordonnances, aux anciennes coutumes et aux anciens traités et s’entendront en fonction de cela avec de la modération.

En troisième lieu, les sages de l’honorable Conseil de la Ville de Munster ont dans une certaine mesure reçus des privilèges par les empereurs ou rois des Romains, comme leurs prédécesseurs. Aucun bourgeois de la Ville et de la Vallée de Munster ne peut répondre devant une justice autre que celle du juge du Saint Empire à l’endroit où doit se dire le droit, comme le stipule un contrat officiel signé grâce au noble feu comte Palatin du Rhin et Wildgrave Johan, sous-bailli43 d’Alsace en l’année 1466 entre l’abbaye et la Ville de Munster44 et confirmé plus tard en l’année 1549 par Henri de Fleckenstein45, sous-bailli lui aussi, à travers un arbitrage46 reconnu par le droit, déclarant qu’un abbé de Munster n’a le droit d’accuser ou d’entreprendre une action pour une affaire inhérente à la ville contre aucun bourgeois ailleurs que devant l’avoué47, le maire et le Conseil. Nonobstant ceci, l’abbé précédent Henri de Jestetten, qui a troublé les pauvres habitants de la Vallée pour des causes peu importantes et tolérables en les convoquant devant des tribunaux extérieurs tels que celui d’Altkirch, ceux du baillage de Haguenau et en troisième, celui de Rottweil48, aurait ainsi voulu invalider complètement les anciens traités. Cet article incluant que les deux parties doivent se référer aux traités ci-nommés, celui du comte Palatin du Rhin et l’arbitrage de Fleckenstein, est entériné. Elles doivent s’y conformer et prendre pour acquis qu’au prochain conflit de ce type, il convient dans tous les cas de prendre en considération le traité du comte Palatin du Rhin et l’arbitrage de Fleckenstein. Et selon l’extrait suivant du traité du comte Palatin du Rhin, « De même si un prêtre de l’abbaye de Munster aurait quoi que ce soit à réclamer à un bourgeois, nous décidons de combien en rentes et en argent, les habitants de la Ville et de la Vallée de Munster sont redevables à l’abbé et à la communauté monastique. Le sous avoué49 de Munster entoure les deux parties et donne son jugement selon les anciennes traditions.

Néanmoins, au cas où un différend se produirait ou s’engagerait et que cela ne rentrerait pas dans la juridiction du sous-avoué, les deux parties doivent se référer à un avoué plus élevé50, celui-ci doit interpeller conjointement les habitants de la Ville et de la Vallée et prendre une décision, à l’avantage ou au désavantage des uns et des autres afin que les choses n’empirent pas. ». Ce présent traité commence ainsi : « Nous Johann Wildgrave de Thoune et de Kirburg51, comte Palatin du Rhin et de la Pierre52, sous-bailli d’Alsace53 » et il est daté du « jeudi après la conversion de Saint Paul54 de l’année que l’on compte après la naissance de Jésus Christ Notre Seigneur 146655 ». Selon l’extrait suivant de l’arbitrage de Fleckenstein : Sur la quatrième plainte du maire et du Conseil de Munster, « le bailli et le Conseil déclarent et expliquent que chaque abbé de Munster et les siens ayant quoi que ce soit à déclarer en ce qui concerne les affaires de la ville, les bourgeois ou les habitants de la Vallée, veulent arriver à surmonter un différent, doivent d’abord s’entendre à l’amiable avec le sous-avoué impérial56 de Munster et attendre une décision à l’amiable elle aussi. Dans le cas où elles ne peuvent pas être arrangées à l’amiable, les affaires courantes ou qui ont trait aux bourgeois telles que les petites rémunérations57, les dettes, les problèmes de nourriture, les insultes ou d’autres réclamations de cet ordre d’importance, s’attendront à la décision impartiale du maire, du Conseil ou du tribunal impérial de ce lieu. Pour les affaires importantes, les conflits récurrents d’ordre spirituel entre les personnes, celles concernant l’abbaye, ou l’abbé, aussi bien que celles concernant le maire, le Conseil et toute la communauté d’habitants, ils doivent se conformer au traité mentionné ci-devant ou devront suivre les décisions de la justice courante ». Cet arbitrage de Fleckenstein commence ainsi : « Nous, Henri de Fleckenstein, seigneur de Dagstul58, sous-bailli59 d’Alsace, fais connaître, avertis ainsi, etc… » Sa date est celle du vendredi après Lucie et Odile60, le vingtième jour de Décembre de l’année 1549. En ce qui concerne les décrets et les interdictions, le précédent abbé, de Jestetten, s’était inscrit contre le droit en s’arrogeant le droit d’autorité et de ban61 sur la Ville de Munster. Il aurait eu le droit d’autorisation et d’interdiction sur les pâturages, les terres cultivées et l’eau.

Et à cet encontre, les gens de Munster ont porté en justice le fait qu’en vertu de la lettre patente de l’empereur Frédéric de 1235, un abbé n’avait ni le droit d’autoriser, ni le droit d’interdire, ni n’avait quelconque autorité sur la Ville ou la Vallée, car ces droits appartenaient au Saint Empire. Une copie de cette lettre a été fournie au Val et à la Ville. Ce droit et cette justice sont propriété du Saint Empire et ils fournissent encore cent vingt huit florins par an pour cela. Selon le quatrième article de plainte du maire et du Conseil de la Ville de Munster, au sujet de l’étendue dorénavant des droits et de la justice d’un abbé, cela sera abordé point par point dans les griefs et les plaintes de l’administrateur. Ensuite en ce qui concerne le cinquième grief du maire et du Conseil de Munster inhérent aux forêts, l’abbé précédent, sire Henri de Jestetten usurpa le droit d’autorisation et d’interdiction sur les forêts appartenant à la Ville et au Val et mis sous son contrôle l’abattage du bois. Le sire administrateur se réfère cependant au traité de Marquard62 dans lequel ce chef d’accusation est traité et arrangé. Attendu que comme le suggère le traité de Marquard, des changements au niveau des forêts appartenant uniquement à l’abbaye se sont produits ces derniers temps et depuis de longues années, étant donné qu’il a été admis que grâce à l’autorisation des anciens abbés, la Ville et la Vallée de Munster possèdent et jouissent de leur propre forêt et que l’abbaye possède uniquement le pouvoir complet et absolu d’autorisation et d’interdiction sur quatre forêts, celle de Gipisch63, de Geisbach64, de Feseneck65 et de Schweinsbach,66 dans lesquelles personne n’y est autorisé à couper ou à abattre du bois sec ou du bois vert, il est convenu dès lors que la Ville et le Val de Munster doivent utiliser et profiter de leur propre forêt. Tout ceci est valable dans la mesure où, à l’avenir, lorsqu’un abbé fera la demande à la ville de bois de construction tiré de leur propre forêt pour ses besoins, cela ne lui sera pas refusé.

Le sixième point de discorde soumis par le maire et le Conseil de la Ville de Munster concerne les portes de l’abbaye. Le précédent abbé Henri les aurait laissées grande ouvertes et non verrouillées, non seulement le jour, mais aussi la nuit. Il n’aurait rien de moins que laissé la porte avant de la ville fermée et empêché complètement le passage à la bourgeoisie. En quoi les deux parties se sont entendues pour que la maitrise des portes soit toujours réglée par les traités précités du comte Palatin du Rhin et celui d’Erbach.67 En outre, l’entrée et la sortie par la porte de derrière ne doit jamais être empêchée pour le sire administrateur. Cependant, il doit toujours la fermer ensuite. Ces mots au sujet des portes signifient qu’un abbé possède légalement une clef de sa porte de la Ville de Munster. Nous décidons que l’abbé comme auparavant doit prendre désormais soin de ladite clef en cas d’urgence et il prend la responsabilité de protéger la ville de tout dommage ou de quelconque danger. Ainsi commence le traité d’Erbach : « A savoir que plusieurs années entre le sire Peterman68, abbé et aujourd’hui eu date du jeudi vingt deux octobre de l’année 1556. » Ces mots mentionnés dans le traité sont les suivants : « Ainsi donc en ce qui concerne la transmission des clefs et l’ouverture des portes, le maire et le Conseil sont obligés selon le discours qui a été prononcé de fournir la clef en question à l’abbé. Celle-ci doit être utilisée par l’abbé pour l’ouverture de cette même porte et parfois, comme selon les anciennes traditions, si besoin et en cas d’urgence, l’abbé doit être responsable d’ouvrir la porte de derrière à travers les murs de la ville. Il doit aussi à chaque fois faire en sorte que la porte de devant soit ouverte et le reste, de manière à ce qu’aucune porte ne soit ouverte sans que l’autre ne le soit aussi afin que comme de coutume, les bourgeois de la Ville de Munster soient libres d’entrer et de sortir. Et vu que le pont de ladite porte se trouve à l’abandon en ce moment et ne peut pas être utilisé en cas d’urgence, l’abbé doit immédiatement faire construire un nouveau pont. Et comme cela avait été accordé entretemps, s’il y a quoi que ce soit à faire sur ce pont, le maire et le Conseil de Munster sont responsables de la construction et de la réparation. »

Au sujet du septième article des griefs du maire et du Conseil de Munster, chaque membre de l’abbaye de Munster est tenu d’offrir l’aumône aux malades de la lèpre aux moments et aux jours définis par l’article, soit le lundi, le mercredi et le vendredi de chaque semaine. À chaque fois on donne un pot69 et demi de vin et deux miches de pain70. Etant donné que le noble seigneur administrateur s’est proposé de s’occuper de ces aumônes comme le veulent les anciennes coutumes, cet article demeure selon son désir.

Le huitième et dernier grief porté par le maire et le Conseil de Munster est relatif aux arriérés de cens et d’autres choses dus par la paroisse de Saint-Léger et à l’hôpital Saint- Antoine.

Puisque le maire et le Conseil susnommés ont abandonné la responsabilité à l’abbaye au sujet de ce cens, ceci est résolu. Dorénavant ce cens, à savoir chaque année les cinq florins à la Saint Martin71 pour la paroisse Saint-Léger de même que les quatre sous en deniers rappen72 à la Saint Thomas l’apôtre73 pour l’hôpital Saint-Antoine seront prises en charge sans contestation par l’abbaye. Le maire et le Conseil doivent veiller à ce que l’abbaye livre ces sommes et ils doivent d’autre part résoudre toutes les autres dettes et réclamations des uns envers les autres dans cette négociation.

Et comme il a été énoncé plus haut, le très respecté74 seigneur Adam de Holzapfel, administrateur de l’abbaye de Munster a mis par écrit ses plaintes. Celles-ci sont donc présentées de la même manière aux délégués de l’honorable Conseil de la Ville de Munster. Elles sont résolues et accordées par les nobles commissaires impériaux75 selon la négociation qui suit.

Ainsi concernant le premier article, la grande, la petite dîme et tout ce qui s’y rapporte dans la Vallée sont rattachés à l’abbaye et à l’église de Munster. Dans la mesure où les délégués de la Ville de Munster se sont convenus sur la grande dîme et sur la petite au sujet des légumes, du bétail, des veaux et du chanvre et que pour les autres dîmes sur les petits labeurs, à savoir76 les foins, les raves, les fruits et les noix, et que rien n’a jamais été apporté régulièrement, le seigneur administrateur supposait de ce fait que ces parties de la petite dîme lui étaient dues par Munster. Nous avons décidé que pour la petite dîme, les choses sont arrangées dans le sens des anciens usages et de ce que donnent déjà les délégués de Munster, c’est-à-dire que la petite dîme doit rester telle qu’elle est. En ce qui regarde la tenue du Conseil, elle doit se passer selon les anciennes pratiques avec la participation du bailli77 d’Haguenau ou de l’avoué impérial78 de Kaysersberg ainsi que de l’abbé. Avec eux, le Conseil peut délibérer.

Entre les deux parties, le droit de siège au Conseil et à la perception de la taxe sur les débits de boisson79 d’un des représentants de l’abbé n’a pas encore été réglé. Ceci est accordé à la condition que celui-ci se retire des autres Conseils de la ville lors de l’élection du receveur de l’impôt sur les débits de boisson80.

Le respectable Conseil doit aussi savoir que l’abbé de Munster met en place un prévôt81 et possède le droit de séance au Conseil pour trois personnes.
De même en ce qui concerne le banvin82, un abbé y a droit trois fois par an sans être obligé de verser l’impôt sur les débits de boisson. Les députés de la Ville de Munster ne sont pas d’accord avec ce sixième article du sieur l’administrateur. Ainsi de ce point de vue, la conservation du droit sur la vente de vin83 pour la ville et quatre pots de vin en guise de versement de salaire pour le tenancier de l’auberge suffiront.

Le septième article du sire administrateur résulte de la question des corvées84. C’est-à-dire que chaque homme de la Ville et du Val devra trois jours de travail à la pioche, un jour à la hache, une avec le cheval et la charrue, deux journées de fauchage et une avec le cheval à l’abbé. Les gens libre de l’abbaye sont exempts de service, etc. À cet encontre, les représentants de Munster sont certes d’accord pour que chaque bourgeois de la ville possédant un cheval soit obligé de donner un jour par an de corvée avec la charrue ou la charrette à l’abbaye, mais que celle-ci soit dans l’obligation en retour de nourrir les corvéables et de fournir le fourrage à leurs chevaux, en plus du don d’un baril de vin et d’une miche de pain. De même les bourgeois ne possédant pas de chevaux effectuent une journée de corvée par an avec la pioche. On doit aussi leur donner à manger et à boire.

Pareillement les gens de Metzeral doivent deux jours de corvée à la hache par an, ceux de Sondernach, Breitenbach, Muhlbach et des autres petits villages de la vallée doivent aussi deux journées de fourrage, une pour le foin, une pour le regain et ce, uniquement sur les biens de l’abbaye. De plus les villages de Soultzeren, Stosswihr et Ampfersbach effectueront leur corvée dans la ferme de l’abbaye à Schweinsbach etc… Ce point est donc résolu dans la mesure où le seigneur abbé ne peut rien faire contre le discours des délégués de Munster. Etant donné que les points spécifiques apportés par les gens de Munster sont entérinés, cela doit en être ainsi dorénavant. A cet encontre, selon les anciennes traditions, le seigneur abbé ne devra pas refuser de donner le coin85 ou le pain aux gens de la Ville ou de la grande Vallée.

Pour les articles huit et neuf, les deux parties se sont entendues et mises d’accord sur le fait que personne n’a le droit de pêcher dans les eaux privées de l’abbé allant de Schwendesmatten jusqu’au pont à Kirchbühl86 sans une autorisation de celui-ci. L’eau du ban de l’abbaye commence à Breitenbach et va jusqu’au gros poirier.

L’article dix du seigneur administrateur accorde que la Ville et le Val doivent faire parvenir annuellement à l’abbaye trente marcs87 en argent et deux livres en deniers88 pour la taille.89 Cette somme avait déjà été vendue à la ville auparavant comme l’atteste ici l’acte de vente qui a été dressé. Par conséquent, il faut en rester là pour cette affaire. L’abbaye se réserve cependant le droit de la racheter.

Pareillement l’article 11 demande que personne dans la Vallée ne doit être libre d’utiliser la forêt sans en avertir au préalable l’abbé. Dorénavant les forêts privées de l’abbaye sont limitées aux quatre forêts que sont celles de Gipisch, Geisbach, Feseneck et Schweinsbach.

Dans cette mesure, l’article 13 est valable dans tous les cas. Le maire et le Conseil n’ont pas le droit d’établir l’impôt sur les débits de boisson et le péage à leur profit en vertu de la sentence de Fleckenstein citée plus haut.

Les deux parties sont tombées d’accord sur le fait qu’en vertu de ce présent traité, on possède trois percepteurs de l’impôt sur les débits de boisson, dont un issu du Conseil de l’abbé, conformément à l’article 14 du seigneur administrateur.

Selon l’article 15 concernant les clefs du poste de douane et de l’impôt sur les débits de boisson, il a été ainsi conclu que ces clefs doivent être conservées à l’avenir selon les anciennes coutumes.

L’article 16 du seigneur administrateur stipule qu’un abbé doit aussi avoir une clef du coffre de la ville dans laquelle se trouvent les privilèges90, la charte et le sceau91. Dans tous les cas, il peut la conserver après en avoir fait part à la Ville de Munster dans le livre des statuts92.

Les parties se sont aussi accordées sur le fait qu’un abbé a pu prendre parfois une poignée dans l’impôt sur les débits de boisson et l’a gardé. Et par la suite, pour faire part de son honnêteté, quatre florins on été donné en échange de cette poignée. Ceux-ci devront lui être rendus immédiatement pour que l’article 18 soit aussi résolu.

Aussi de même, les parties ont convenu ensemble que la surveillance de la qualité du pain et de la viande93 doit être exercée en présence et avec la participation de l’abbé en vertu de l’article 19 du seigneur administrateur.

Le maire et le Conseil de la Ville de Munster doivent savoir qu’en vertu de l’article 27 la moitié des amendes recueillies par le garde des murs de la ville94 revient de droit à l’abbé en échange de la responsabilité de garder les clefs de la ville et de d’entretenir95 la porte comme ce fut le cas auparavant.

Le maire et le Conseil sont aussi d’accord sur le fait que l’utilisation du droit d’autorité et de ban sur les terres communales ne doit pas être donnée en l’absence ou sans l’accord d’un abbé.
Les représentants du respectable Conseil ont aussi accepté qu’en vertu de l’article 29, un tiers de l’argent que rapportent les terres communales revienne à l’abbaye.

L’article 32, traitant des étangs96 est résolu de manière à ce que l’abbaye garde le droit du cens sur les étangs qui y étaient soumis par le passé.

L’article 33 qui traite des assiettes et des écuelles stipule que les tourneurs de la Ville et du Val doivent les offrir à l’abbaye à chaque Noël. Les envoyés de la Ville de Munster ne doivent pas empêcher les tourneurs disponibles de fournir cela.

Selon l’article 35, il a été arrêté que personne ne creuse des pièges à lièvre en raison de l’autorité sur la forêt97 de l’abbaye.

De la même manière, il a été arrêté que chaque étranger faisant commerce d’épices doit donner deux livres d’épices à la cuisine de l’abbaye en vertu de l’article 36.

L’article 38 a été obtenu ainsi, à savoir que les deux sergents de l’abbaye98 doivent obéir à l’abbé. Demandé et admis, ce point a été résolu sans argent et doit être maintenu en vertu du traité du comte Palatin du Rhin dont on a fait souvent référence. Celui-ci affirme mot pour mot ce qui suit.

« De même99 à propos des deux sergents qu’un abbé est en droit d’avoir, nous avons décidé qu’à travers un abbé actuel ou futur, cette fonction de sergent devra être occupée par des gens loyaux100 et croyants. Les gens qui occupent ce métier doivent avoir confiance les uns les autres, selon les anciennes traditions, ils doivent obéir sincèrement, en temps habituel, à la justice, au maire et au Conseil pour les petites affaires et ils ne doivent pas en être empêché par les actions101 de l’abbé. »

Les représentants de la Ville de Munster ont également consenti à ce que la première cour de justice appartienne au prévôt de l’abbaye pour les gens de Gunsbach et de Griesbach. Celui-ci peut les renvoyer vers une autre cour de justice en vertu du trente-huitième article.

Ainsi, l’article 39 n’est pas négociable. Les sergents, tout comme les autres fonctionnaires doivent prêter serment auprès de l’abbé.

L’article 40 stipule que le sous avoué est responsable du remboursement des dettes conflictuelles102 en argent ou en gage par les biais des sergents auprès de l’abbé et des gens du chapitre. Ce point doit être respecté en vertu du traité du comte Palatin du Rhin déjà fréquemment cité ainsi que de l’arbitrage de Fleckenstein, comme le précise plus haut, mot pour mot, le troisième point de grief de Munster.

Les représentants de la Ville de Munster ont aussi consenti et accepté qu’un représentant de l’abbaye doive, par décision de celle-ci, siéger à toutes les commissions des comptes103 dans un but d’utilité publique, en vertu de l’article 41.

Les délégués de Munster ne se sont pas accordés sur un point. Tout ce qui concerne les plaids domaniaux104 ne doit être arbitré par personne d’autre que l’abbé et le chapitre et leurs décisions ne peuvent faire l’objet d’un appel.

De même, la salle du Conseil de Munster doit être entretenue et prise en charge avec la volonté de l’abbé en vertu des articles 42 et 43.

L’article 46 est conclu et arrangé. Il stipule la mise en place d’un sergent de l’abbé dans chaque village, en fonction de la volonté de l’abbé. Ils sont assermentés pour réprimer ce qu’ils trouvent et notamment ce qui touche et endommage la forêt et l’eau. Auparavant, il n’y avait aucune utilité à l’instauration d’un sergent par l’abbé dans chaque village, car cela était fait par un sous avoué.

Cela doit se maintenir dans le futur, mais par ailleurs les sergents restent assermentés dans les villages pour réprimer ce qu’ils trouvent et notamment ce qui touche et endommage la forêt et l’eau.

Les articles 48 et 49 stipulant que personne n’a le droit de fêter un mariage, de faire de la cuisine105 ou de danser dans la salle106 sans l’assentiment de l’abbé ou du Conseil de Munster doivent être suivis. De même, dans la Vallée et la Ville, les joueurs de flûte ont besoin du consentement de l’abbé et du Conseil.

Le fait que chaque officier appartenant à l’abbé doive être dispensé d’impôts et de services est entériné en vertu de l’article 50. Ceci sera observé dans tous les cas d’après l’arbitrage de l’avoué Berwart107 et du déjà nommé traité du comte Palatin du Rhin. L’arbitrage de Berwart commence ainsi : « Moi, Berwart, ancien prévôt de Riquewihr, bourgeois de Sélestat à la date de notre heureuse veille au soir de la nativité de la Vierge en l’an 1363 après J.C.108 ». Et ses paroles expriment ce qui suit : « Ainsi je décrète, moi, Berwart au sujet des points et articles déjà cités, que les officiers de l’abbé déjà mentionnés doivent être complètement libres de tous services afin que la querelle soit apaisée et que ce soit noté et compris109. Les officiers doivent aussi être dispensés de participer à ce que la communauté, tant de la Ville que du Val de Munster, doit en taille, en impôts, en dons ou en voyages.

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Il en est de même pour les achats de matériel ou les repas pour leur maître110 ainsi que pour les équipées en commun qu’ils seront amenés, voire obligés à faire pour leur seigneur, l’empereur ou le roi des Romains. De ces points susnommés, les officiers doivent être laissés libres, ils ne doivent aucun service supplémentaire. Quand bien même le bailli voudrait réunir les villes sur son ordre ou par l’intermédiaire de ses émissaires pour des raisons concernant l’empire, les officiers de l’abbé ne sont pas tenus de servir. En ce qui concerne les points susnommés, pour la formation d’alliances et de protections111, ils ne sont de la même manière pas tenus de servir. Cependant, si une ville de l’empire s’allie avec d’autres ou si celle-ci s’allie avec la Ville de Munster par nécessité et que cela concerne directement l’intégrité de Munster ou quoi que ce soit de cet ordre, les officiers de l’abbé sont obligés de servir et d’aider à supporter les coûts en fonction de leurs possibilités. Si la Ville et la communauté de ladite Vallée avait des dommages ou des réparations à payer de quelques façon que ce soit en raison d’une alliance, qu’ils ont contracté de plein gré dans une démarche de renforcement et avec la volonté de se protéger corps et biens, les officiers de l’abbé doivent aussi porter leur aide à chacun sincèrement en fonction de leurs moyens. Quand bien même la ville devait décider collégialement de retarder une construction dont elle avait besoin, malgré toute sa bonne volonté, les officiers doivent payer ce que cela coûte en fonction de leurs moyens. Comme chacun l’impose, ils payent aussi pour l’utilisation commune des ressources telles que le poisson ou tout ce qu’ils ont besoin. Les officiers de l’abbé doivent y participer en fonction de leurs moyens sans s’y soustraire. Si ladite Ville et Vallée de Munster devaient se relever d’une guerre et qu’elle même ou ses bourgeois doivent dans ce cas soutenir les coûts et les dégâts, les officiers de l’abbé ainsi que la communauté doivent aider sans s’y soustraire dans la mesure de leurs moyens. Au sujet des choses dites précédemment, les officiers de l’abbé doivent porter secours et donner pour la reconstruction112 avec des chevaux, à pied ou si le cas arrivait, les officiers souffrent corps et biens avec la communauté et s’entraident dans une certaine mesure pour supporter le danger. De même au sujet des choses précédentes, si la communauté se retrouvait troublée ou si elle a besoin de secours, dans les cas susnommés, les officiers doivent donc aussi venir en aide et maintenir ce droit sans s’y soustraire. » Voici ce qui ressort du traité du comte Palatin du Rhin. De même, concernant les officiers de l’abbé qui doivent être laissés libres, nous décidons que ces officiers doivent payer la dîme selon les anciennes pratiques. Désormais, ils doivent respecter ce point, de même que le contenu de l’arbitrage de l’avoué Berwart autrefois. L’article 51 du seigneur administrateur, demandant que toute personne dont la plainte aurait été rejetée soit obligée de payer neuf deniers de réparation à l’abbé et au Conseil a été abandonné du fait que l’abbé n’a pas pu rendre une argumentation satisfaisante. Les articles 52 et 53, concernant tous les cordonniers de Gunsbach, de Griesbach et de l’intérieur113, de même que tous les tailleurs et tous les tisserands est entériné. Ceux-ci doivent effectuer la corvée annuelle pour les seigneurs de l’abbaye. En outre, ces mêmes cordonniers et tailleurs qui recherchent le seigneur abbé pour s’acquitter de leur travail manuel (en contrepartie de nourriture, de boisson et de pain en quantité suffisante) doivent être libérés de corvée pour la ville. Les travailleurs manuels et les serfs114 ne doivent pas être empêchés d’effectuer leur travail quotidien et leurs corvées par la ville en vertu de l’article 60.

En ce qui concerne l’article 54, l’abbé ne doit pas payer de taxe sur les débits de boisson sur le banvin en dehors du droit sur la vente du vin et des quatre mesures qu’il doit donner à l’aubergiste comme cela a été accepté plus haut.

De même en vertu de l’article 55, chaque curé de Saint Léger doit assister aux comptes de l’église comme le veut la tradition.

Ensuite, chaque greffier doit prêter serment comme de coutume selon les décisions de l’arbitrage de Fleckenstein. Le deuxième grief du seigneur abbé et le huitième point de discorde de la Ville de Munster mettent en valeur ce point. Le sire bailli et le Conseil déclarent et expliquent qu’un greffier qui sera pris au service du Conseil et du maire de Munster accomplira son serment selon des idées conformes à ce que les deux parties auront partagé. Elles devront ainsi être responsables de ce serment. L’impôt sur les débits de boisson et les autres revenus doivent être fournis ensemble par la Ville et le Val de Munster au seigneur abbé sans que celui-ci n’ait à les établir et les mettre par écrit comme cela était le cas. Mais pour les autres travaux particuliers du seigneur abbé et de l’abbaye, ceux qui ne regardent ni ne sont liés à personne d’autre, il est utile qu’un abbé s’y engage et fasse preuve de volonté. Qu’à côté de cela, un greffier de Munster veuille s’occuper volontairement des affaires de l’abbé, il ne doit pas en être réprimandé et doit rester libre d’exercer son office dans la mesure où il s’est acquitté de toutes les tâches pour lesquelles il est payé par le maire et le Conseil de Munster, ses supérieurs. L’article 56 du seigneur administrateur est ainsi conclu.

Il a été aussi arrêté qu’en ce qui concerne les actes de violence, un tiers des amendes appartient et doit être livré à l’abbaye comme de coutume, ce qui résout donc l’article 57.
Le maire et le Conseil ne mettront plus les serviteurs de l’abbaye en prison sauf en cas d’actes maléfiques ou de temps en temps pour quelque acte de violence. A la demande de l’abbé, le Conseil doit les lui ramener afin qu’il puisse le punir en se réservant la punition. Par cela, l’article 58 est contracté. En ce qui concerne les fossés de la ville, en vertu de l’article 59, il a été décidé que l’abbé utilise et entretient ceux qu’il possède et que la ville fait de même avec les siens.

L’article 64 concerne les ornements115 de l’église Saint-Léger. Celle-ci a été forcée116 et les ornements ont été en partie saccagés. Le maire et le Conseil doivent inventorier ce qui reste et le seigneur abbé, qui ne laissera pas l’église dans cet état, prendra des mesures en échange d’un reçu.

L’article 65 concerne les cordes des cloches. Le contenu suivant a été adopté. Etant donné que la communauté a aussi besoin de la grande cloche, le seigneur abbé ainsi que la Ville et le Val doivent se partager les cordes et veiller à leur entretien.

L’article 69 réclamant les 189 livres en casuels pour les décès qui ont suivi l’année 1564 a été réglé à l’amiable. Les représentants de l’honorable Conseil ont montré que ces mortuaires étaient habituellement convertis en entretien de l’église Saint-Léger, en aumône ainsi que dans les hospices et que cela était arrangé chaque année en présence de l’abbé, c’est pourquoi, il sera proposé que la facture soit mise par écrite et que la situation demeure comme jusqu’à présent. L’abbé est donc débouté de sa requête.

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En ce qui concerne l’article 71, le maire et le Conseil de Munster ont eu l’audace de demander de l’argent à la chapelle Saint-Barthélemy ainsi qu’aux autres. Un remboursement est demandé. A cet encontre, les représentants de la Ville de Munster se défendent en expliquant que cet argent a été utilisé pour l’entretien de la paroisse de Muhlbach. Ils se proposent même d’apporter les comptes. Il a été ainsi décidé que le maire et le Conseil de la Ville de Munster doivent s’occuper de la rénovation de l’église de Muhlbach.

Les représentants de la Ville de Munster n’ont pas remis en question la chasse gardée et le droit sur les forêts117 qui appartiennent à l’abbé en vertu de l’article 72.
Il a été aussi conclu que désormais, ni l’abbé, ni le maire et le Conseil n’ont le droit d’entreprendre de nouvelles constructions à leur profit sans en avertir l’autre partie. Cela est décidé en vertu de leur serment et donc de l’article 73.

Pour ce qui regarde l’article 74 et la réclamation quant au cens sur l’avoine, les choses doivent rester selon les anciennes coutumes. Un double-quart118 suffira.

En ce qui concerne le reste des réclamations ou articles que le seigneur administrateur a présentés, l’article 12 autorise l’abbé à ordonner un sacristain. De même, avec l’article 17, l’abbé prend une poignée dans la boite contenant l’impôt sur les débits de boisson au moment du règlement de celui-ci.

L’article 21 impose à l’honorable Conseil de la Ville de Munster de demander au préalable à l’abbé pour obtenir le bois pour la salle du Conseil119. Pareillement, en vertu de l’article 22, après autorisation, l’abbé se déplace à cheval de village à village dans la Ville et le Val pour recueillir le serment de la part des communautés qui le lui demanderont au préalable pour couper le bois destiné à la construction120. Plus loin à l’article 23, chaque maire de la Ville et de la Vallée doit apporter à l’abbé une partie de l’argent gagné par la vente du bois de sa propre forêt. De même, selon l’article 24, le maire et le Conseil de Munster auraient plusieurs fois pris de l’argent aux utilisateurs de la forêt et de la rivière sans autorisation et sans en prévenir l’abbé. En outre, d’après l’article 25, le Conseil aurait coupé 31 morceaux de bois dans la forêt abbatiale de Griesbach le jour de la Toussaint de l’année 1572. Ce même jour de la Toussaint, il aurait détruit le fossé selon l’article 26. De même, en vertu de l’article 30, aucun bourgeois de la Ville de Munster n’a le droit de construire un hangar attenant à sa maison sans en faire part auparavant à l’abbé. Pareillement, on trouve dans l’article 34 que tous les bourgeois qui fabriquent des poteaux de vignes121 dans la vallée de Munster devront 200 poteaux par foudre de vin au cloitre. De plus, dans l’article 47, on traite des réceptions à la mairie122. De même selon l’article 61, la baignade du mois de mai coute une livre en deniers Rappen123. En outre, en vertu de l’article 62, les lettres adressées au sieur le maire et au Conseil ne doivent pas être ouvertes sans en informer l’abbé.

Par la même, d’après l’article 63, le Conseil de Munster aurait instauré un marché annuel dans le village de Muhlbach et aurait récolté un droit à l’étalage et une taxe124 au détriment des droits de l’abbé. Et enfin l’article 68 réclame les sept sous et dix deniers que la ville doit rembourser à l’abbaye. Ainsi ces articles, qui ont tous été joints125 pour des causes sérieuses et raisonnables, ont été enregistrés, conservés et réglés grâce aux commissaires qui se sont dans tous les cas suffisamment renseignés et informés avec la bonne volonté des deux parties. Ainsi le seigneur administrateur a livré les siens volontairement et avec abnégation.

Voici encore quelques articles restants concernant d’autres parties qui ne sont pas concernées par ce traité. Il y a notamment ce que les seigneurs doivent payer annuellement à l’abbaye lorsqu’ils chassent sur leur domaine seigneurial selon l’article 44. Il y a aussi d’autres articles qui ne touchent pas au maire et au Conseil de Munster et qui ne les regardent pas. Ceux-ci sont arrangés de la même manière. On considère ainsi que les deux parties ont résolu leurs différents à travers ce traité. Malgré ce conflit, elles vivront et habiteront désormais paisiblement, tranquillement et en bon voisinage l’une envers l’autre en respectant tout ce qu’elles ont adopté avec bon entendement et bonne volonté. Le susnommé administrateur en son nom et celui de ses successeurs au cloitre de Munster, puis les honorable et sages Michael Böringer, maire de Munster, Friedrich Zeuninger et Zacharias Nitschelm, tous deux du Conseil, Claus Rolannd, maire de Metzeral et Hieremias Schütz, greffier municipal en tant que représentants de l’honorable Conseil de Munster dans le Val Saint Grégoire s’engagent par serment à travers la main des sieurs commissaires impériaux, loyaux envers les deux parties, à ce que ce contrat écrit demeure fortement et durablement respecté. A cet encontre, rien ne doit être intenté, ni remis en cause, il doit être respecté dans son intégralité. C’est pour cela que deux versions identiques de ce contrat ont été produites. Elles sont certifiées par le sceau du noble seigneur Lazare de Schwendi, baron du Haut Landsberg, de Triberg et de Bergheim, celui de sieur le maire et du Conseil de la vénérable chambre impériale de Haguenau en tant que commissaires impériaux et pour renforcer ce traité, il y a celui du seigneur administrateur et de l’abbaye déjà nommé plus haut. De même, le maire et le Conseil de ladite Ville de Munster dans le Val Saint Grégoire ont apposé leur sceau à la fin de cet écrit. Samedi, le 19 mars de l’année 1575 après la naissance de notre Christ, notre sauveur et rédempteur.

COMMENTAIRE

Le traité de Kientzheim, un tournant dans l’histoire de Munster

Le traité de Kientzheim, signé dans le château de Lazare de Schwendi le 19 mars 1575 constitue un tournant majeur dans l’histoire de la vallée de Munster. Il se distingue de ses prédécesseurs par son ampleur. Il ne traite pas seulement de la discorde religieuse, mais il essaye de solder tous les conflits entre les deux parties constituées de la communauté d’habitant et de l’abbaye. Lazare de Schwendi énonce chaque grief qu’il essaye de résoudre point par point. Dans quelle optique aborde-t-il ce traité ? A qui profite-t-il ? S’agit-il réellement du grand virage pour la communauté d’habitants que les observateurs postérieurs ont exprimé ? La volonté première de Lazare de Schwendi est d’apaiser les tensions en faveur des habitants à travers l’autorité de l’empereur. L’abbaye ressort perdante de la négociation, mais elle demeure la puissance majeure d’une vallée en quête d’émancipation.

Un rééquilibrage des forces à travers une autorité supérieure : l’empereur

Ce traité a avant tout pour but de régler une crise, et en premier lieu, la crise religieuse. L’abbé ne peut contenir la volonté d’émancipation de la communauté d’habitant matérialisée par l’adoption de la confession réformée. Il s’agit d’un problème d’une grande importance à résoudre pour Lazare de Schwendi, car il revêt une dimension symbolique au delà des aspects sociétaux qu’un changement de confession pourrait avoir dans la vallée. L’acceptation de la religion protestante constitue en effet pour les habitants une libération spirituelle du joug de l’abbaye en attendant une éventuelle libération politique future. L’abbé a déjà perdu la première manche en n’obtenant pas la nomination du bailli d’Haguenau en tant que médiateur. Lazare de Schwendi est en effet réputé pour être un fervent défenseur de la liberté confessionnelle. Ainsi, dès les premières pages du traité, on considère le changement de religion comme acquis en s’appuyant sur la paix d’Augsbourg. Cependant le traité va plus loin en imposant à l’abbé p. 4 de rétribuer le pasteur protestant. Il doit ainsi cautionner la liberté de culte. Il s’agit ici d’une grande victoire pour la communauté d’habitants.

Cependant, sans désigner textuellement un vainqueur ou un perdant, Lazare de Schwendi insiste sur une coexistence pacifique entre les deux parties. L’abbé doit accepter les prédicateurs protestants, mais d’autre part, il est aussi interdit de porter préjudice à la religion catholique, p. 6. La « tolérance » doit être réciproque. La décision prise par Lazare de Schwendi au sujet de la crise confessionnelle à Munster montre bien que ses idées sont en avance sur le temps. Il ne se contente pas en effet d’accorder la liberté de culte comme une obligation de l’époque, mais il tente de soustraire la religion des relations sociales par la favorisation d’une entente entre les deux parties. Cette idée perçue dans le traité n’a cependant aucun écho dans la vallée de Munster, car l’abbé va rapidement remettre le traité en question, cependant elle exprime toute la singularité de la vision religieuse de Lazare de Schwendi.

Mais ce traité a aussi d’autres objectifs que simplement la résolution de la question religieuse. Les divers traités précédents n’ont jamais réussi à résoudre les problèmes concrets du quotidien des habitants comme en témoignent les nombreux rappels à ces décisions antérieures telles la sentence de Fleckenstein p. 9 ou encore le traité de Berwart qui bénéficie d’une longue citation p. 21 et 22. On voit dans ce traité, que ceux- ci tiennent toujours une place très importante dans les négociations. D’ailleurs celles- ci durent 4 jours, ce qui montre l’opiniâtreté des débats. La contestation au sujet de la religion pose ses fondements dans un malaise plus profond de la population inhérent au niveau de vie. L’attitude du médiateur est plutôt prudente, il n’y a pas de grands changements. Lazare de Schwendi essaye de régler les problèmes de manière juste en insistant sur l’importance de la coopération p. 6 et p. 25. Cette idée déjà retrouvée au sujet de la confession est une des idées force de la médiation de Lazare de Schwendi, car son objectif est de proposer une paix durable entre l’abbaye et la communauté d’habitants de Munster sans favoriser dans ses décisions plus un camp que l’autre. Outre les griefs confessionnels, nous avons deux types de griefs : ceux qui ont trait au droit et à l’imposition et ceux qui ont trait à des problèmes matériels. En ce qui concerne les impôts, le médiateur tend à conserver un certain status quo en insistant sur la préservation des coutumes, et des traditions, termes qui apparaissent respectivement 7 fois et 5 fois dans le traité. Pour les aspects matériels, il règle les affaires au cas par cas en posant au-dessus des différents protagonistes un garde fou : l’empereur.

En effet, Lazare de Schwendi place l’empereur sur un piédestal. N’est-il pas seigneur de la vallée au même titre que l’abbé ? Il s’agit ici pour le pouvoir impérial de s’assurer une domination de tous les points stratégiques du pouvoir local et au premier chef, la justice. Il y a obligation d’aller devant la justice impériale p. 9. Le droit d’autorité et de ban n’appartiennent plus à l’abbé. En outre, l’abbé n’a plus à aller chercher à l’extérieur pour des arbitrages comme Henri de Jestetten a pu le faire. Il doit se référer au sous- avoué de Munster. Seuls les moines sont soustraits à la justice civile, p. 25. Néanmoins, l’abbaye garde la première cour de justice sur les habitants de Gunsbach et de Griesbach. Il peut cependant les référer sur une autre cour s’il le décide, p. 19. Il est à noter que ces deux villages se démarquent en faisant partie des possessions des Ribeaupierre126 et se trouvent à l’entrée de la vallée de Munster. Elles ont été par ailleurs souvent en conflit avec la ville de Munster. Enfin, l’abbaye est déboutée dans sa demande de taxe sur la justice, p. 23. L’abbaye est ainsi très fragilisée de ce côté-là. Le traité affirme que la justice est avant tout une affaire impériale.

Le traité va même plus loin concernant le piédestal de l’empereur. Il considère ostensiblement l’abbaye au même niveau que la communauté d’habitants. Elle a comme elle besoin d’argumenter pour avoir gain de cause, p. 23, chose qu’elle ne semblait pas avoir l’habitude de faire, et ne peut plus prendre de décision de manière unilatérale à l’image de la rétribution des curés de Muhlbach et de Munster, p. 4. La difficulté pour l’abbé d’accepter cette médiation vient du fait que l’empereur est à la fois juge et partie dans ce conflit. C’est en effet lui qui conclut cette affaire à travers son avoué impérial Lazare de Schwendi, mais il est aussi partie dans le sens où les habitants de la Ville et du Val de Munster se réclament du pouvoir temporel à travers ce statut de ville d’Empire avec immédiateté accordé par Frédéric II en 1235. La conjonction des intérêts des habitants de Munster et de l’empereur est très perceptible. Dans ce cas, la légitimité de ce traité ne peut rejoindre la légalité de celui-ci aux yeux de l’abbé de Munster. Il est cependant dans l’obligation d’accepter les termes de ce traité dans la mesure où le rapport de force est inégal entre l’abbaye et le pouvoir impérial. L’abbaye aborde cette médiation dans une situation de grande faiblesse, tant du point de vue de l’effectif monastique que du point de vue du soutien idéologique. L’Eglise catholique a été fragilisée par les mouvements protestants amorcés par Luther. Au sortir du XVIème siècle, elle a beaucoup perdu en termes de crédibilité dans cette crise. L’Empire est au contraire dans une phase où son pouvoir atteint son paroxysme. Le règne de Charles Quint était l’un des plus brillants qu’ait connu le Saint Empire et du point de vue de l’idéologie, on assiste au développement de l’idée d’un renforcement du pouvoir personnel du souverain. Dans ces conditions, l’issue de ce traité ne peut qu’être un affaiblissement de l’emprise de l’abbaye sur la vallée.

En définitive, c’est la communauté d’habitants qui semble profiter de ce traité. La grande majorité de ses griefs a été acceptée. Sur les huit griefs exposés par le conseil de la ville de Munster, seul un s’est vu réfuter : celui du droit de patronage et de collation, p. 5. Le conseil de la ville de Munster se trouvait certes en position offensive pour aborder ce traité mais la victoire est néanmoins spectaculaire. Elle obtient notamment en plus de la confession, la réaffirmation de ses droits en tant que ville d’Empire, p. 9, la soustrayant ainsi en grande partie à la justice abbatiale. De même, elle obtient des obligations financières de la part de l’abbé en ce qui concerne le pasteur de Muhlbach et de Munster, de même que le maitre d’école ainsi que l’hôpital Saint Antoine et la paroisse Saint Léger, p. 13, ou encore la reconstruction du pont et le devoir d’aumônes de l’abbé, à la même page. Elle maintient enfin l’abbaye sur ses positions effectives au niveau du contrôle des forêts, p. 10, enjeu primordial de la société médiévale car le bois constitue la base de la construction ainsi que de l’énergie utilisée pour le chauffage par exemple. Pour ce qui est des articles de l’abbé, le conseil arrive à débouter l’abbaye de certains griefs. Dès le premier article concernant la dîme, la communauté d’habitants est gagnante p. 14. La corvée est dédommagée par la rémunération des corvéables sous forme de nourriture, p. 15. L’abbaye est déboutée sur un certain nombre de choses et notamment sur les délits religieux, p. 25. La ville doit certes ramener à l’abbaye un prélat ayant commis un délit, mais il peut le mettre en prison « en cas d’actes maléfiques ou de temps en temps pour quelque acte de violence ». « Maléfique » peut signifier un comportement diabolique dans une période, la fin du XVIème siècle où la chasse aux sorcières commence à prendre une intensité nouvelle à Munster127. Il est néanmoins surprenant de voir apparaitre ce terme dans une partie du traité qui n’est pas consacrée à la religion. Cet équilibrage propose une ouverture nouvelle pour la politique locale. Malgré tout, si ces décisions sont spectaculaires et changent le rapport de force local, elles ne sont pas révolutionnaires.

Un abbé en perte de pouvoir mais qui reste en position dominante dans la vallée.

Le grand perdant de ce traité semble au premier regard être l’abbé. En effet, il semble perdre du pouvoir sur la vallée. Ceci n’est que conséquence de l’affaiblissement progressif de l’abbaye tout au long du siècle. L’abbaye se trouve touchée au niveau financier. Elle doit s’occuper de charges qu’elle n’avait pas à remplir avant ou ne remplissait plus en raison de la crise comme la rémunération du maitre d’école par exemple. Un certain nombre de réparations sont aussi à ses frais comme l’église St Léger p. 26. D’autre part, ses demandes de remboursement sont déboutées et elle doit abandonner sa dîme pour le paiement des curés. Enfin, ses charges préalables ne changent pas, elle doit continuer à rémunérer la corvée. Le traité insiste sur le fait que l’abbaye honore ses engagements. À travers ces rappels, on sent que l’abbaye n’a pas toujours pris au sérieux les traités antérieurs et que son comportement a pu ainsi se diriger vers des excès de pouvoir. Le traité de Kientzheim veut définitivement mettre fin à cet excès de position dominante de l’abbé.

Ainsi, plus qu’au niveau financier, c’est dans les droits de l’abbaye que Lazare de Schwendi veut toucher. Un certain nombre de pouvoirs que l’abbé possédait auparavant sont remis en cause par le traité. Outre la justice dont nous avons déjà parlé, le domaine où l’abbé semble perdre le plus de pouvoir est celui du contrôle des biens de la vallée. Le traité porte atteinte à la domination de l’abbaye sur les forêts. Depuis sa fondation, puis avec la donation de Francfort de 823, l’abbaye maîtrise l’ensemble des forêts jusqu’aux limites montagneuses avec la Lorraine128. L’abbé Jean Rodolphe de Loubgatz129 avait par voie de fait restreint à quatre forêts les possessions personnelles de l’abbaye. L’abbaye maîtrisait cependant l’exploitation des autres forêts. Ce point pose problème, car les habitants de la Ville et du Val de Munster utilisent les forêts sans en avertir l’abbé. L’abbé demande donc à travers le traité qu’on lui redonne le pouvoir total sur l’ensemble des forêts p.16. L’abbé est débouté et le traité reconfirme l’état de fait. On marque bien un changement d’époque depuis le traité de Marquard de 1339. L’abbé garde néanmoins la chasse gardée sur ses forêts p. 27, il peut utiliser sans autorisation les autres bois de la vallée de Munster et les habitants doivent lui demander son autorisation avant de couper du bois, sur la vente duquel, ils devront une taxe. p. 28. L’abbaye garde ainsi une certaine mainmise sur la forêt, mais cette médiation entérine une situation qui s’est dégradée pour l’abbé depuis près d’un siècle.

Dans cette perte de mainmise sur la vallée, on peut remarquer que l’abbé doit compter désormais avec le conseil et le maire de Munster, p. 27. L’accent est mis sur la solidarité entre les parties et notamment en cas d’urgence. Ceci est perceptible concernant le droit d’autorité et de ban, p. 18. La ville ne peut en jouir sans la présence de l’abbé. Enfin, l’abbé doit laisser la liberté de circulation aux habitants et notamment au niveau des portes, ce qui en rajoute encore sur sa perte de mainmise sur la population. Au-delà des termes exprimés, l’abbaye perd de la crédibilité à travers ce traité. Il s’agit en effet d’une défaite pour le camp abbatial. Lazare de Schwendi a voulu marquer à travers ce traité l’émancipation de la communauté d’habitants sans anéantir complètement le pouvoir de l’abbé. Les aspects matériels de ce traité affaiblissent certes quelques peu l’abbaye, mais elle demeure de ce point de vue malgré tout l’actrice dominante de la vie locale.

L’abbé garde une prédominance matérielle sur la communauté d’habitants du Val et de la Ville de Munster. La force de l’impôt pèse toujours très lourd sur les habitants qui restent de ce fait très dépendant de l’abbaye. L’imposition est de deux formes différentes. Il y a tout d’abord les prélèvements effectués par l’abbé, c’est-à-dire tout ce qui concerne les impôts directs ou indirects payés par les habitants. En ce qui concerne l’imposition directe, p. 13, le traité ne change en rien le paiement de la grande et de la petite dîme. Parmi les denrées taxées, on cite notamment « des légumes, du bétail, des veaux et du chanvre (… ), les foins, les raves, les fruits et les noix ». Il n’y a donc ici que des produits de la terre ou de l’élevage, on ne retrouve pas dans la dîme de produits transformés tels que le vin par exemple ou encore de paiement en argent. En ce qui concerne le vin, l’abbaye ne perçoit pas une taxe sur la production, mais elle en reçoit une sur le débit de boisson, p. 25. Pour ce qui est des revenus en argent de l’abbaye, elle perçoit un tiers du revenu des terres communales, p. 18. De même, le conseil donne à l’abbé une partie de l’argent gagnée par la vente du bois, p. 28. En ce qui concerne les impôts indirects, L’abbaye a des revenus de diverses origines. Elle perçoit la moitié des amendes recueillies par la garde des murs de la ville, p. 17. L’autre moitié est donnée à la communauté d’habitants. Outre la taxe sur la vente de vin, déjà mentionnée, l’abbé lève une taxe sur la vente d’épices, p.19. On trouve aussi une taxe sur la baignade, p. 28 ou encore une taxe sur l’étalage, p.29. Le droit de cens est aussi une attribution de l’abbé. Il s’agit d’une rente foncière valable sur tout le territoire. Ainsi le traité mentionne le cens sur l’avoine, p. 27 et celui sur les étangs, p.18. Cependant on peut penser que l’abbé reçoit un cens sur une quantité bien plus grande du territoire lorsque le traité place le cens au même niveau que les deux dîmes dans le passage, p. 6. Enfin, parmi les revenus de l’abbaye, le traité impose la réparation des dettes contractées par le conflit, p. 20, il autorise l’abbé à prendre une poignée d’argent dans la boite contenant la taxe sur le débit de boissons, p. 28. L’abbaye reçoit aussi à chaque Noël des assiettes et des écuelles par les tourneurs, p. 18. Le deuxième type d’imposition est l’ensemble des devoirs dûs par la population envers l’abbaye. Le traité règle précisément la question de la corvée. La quantité est certes moindre qu’auparavant, mais elle demeure conséquente. En outre, il y a quelques devoirs moins importants, mais tout aussi contraignants du point de vue de la liberté de la communauté d’habitants. Il y a obligation de demander à l’abbé l’autorisation pour l’utilisation de la salle du conseil, p. 21, de même, les joueurs de flûte ne peuvent jouer sans l’assentiment de l’abbé à la même page. Le greffier peut travailler pour l’abbé et doit lui prêter serment p. 24 et 25. Il s’agit d’une sorte d’obligation morale, car si cette « autorisation » est mentionnée dans le traité, c’est que le service du greffier doit être utilisé régulièrement par l’abbé et que cela doit poser problème au greffier vis-à-vis de la communauté d’habitant, d’où la demande de clémence. . Enfin, l’abbé garde le droit au banvin trois fois par an, p. 14. Lorsque c’est le cas, il est exempt de taxe sur la vente de boisson. A travers toutes ces obligations matérielles, l’abbé garde une mainmise conséquente sur le quotidien des habitants de la communauté. Tout ceci lui permet de rester l’institution de référence dans la vallée, malgré l’intervention impériale dans ce traité pour pondérer son pouvoir.

La puissance de l’abbaye est certes égratignée, mais elle n’en demeure pas moins présente. L’abbé possède encore un certain nombre de droits qui font de lui le personnage incontournable dans les affaires de la vallée. Il s’agit certes de devoirs de l’abbé envers la communauté d’habitants, mais à travers cette protection, il a un contrôle des symboles importants de la ville, que ce soit les reliques, le sceau ou encore la charte de fondation de la ville datant de 1287. L’abbé garde aussi une main sur les institutions de la ville. Il place ainsi ses représentants à des postes clefs afin d’avoir un droit de regard sur toutes les actions de la communauté d’habitants et de prévenir les excès ou les initiatives malveillantes du conseil à son encontre. Il place ainsi ses gens à la commission aux comptes ou encore au conseil. Ce droit était déjà en vigueur par le passé et il n’a pas empêché l’éclatement de la discorde, car Burckhard Nagel, Peterman d’Aponnex ou encore Joachim Brining n’ont certainement pas été très présents dans ces assemblées et l’abbé précédent la médiation, Henri de Jestetten n’a pas tenté d’apaiser le conflit, bien au contraire. Enfin, concernant la vie locale, l’abbé possède les clefs du poste de péage ainsi que celles de la ville, p. 11. Ceci peut permettre une reprise en main par l’abbaye en cas de crispation. D’autre part, un certain nombre de sergents abbatiaux sont instaurés dans chaque village. L’abbaye ne perd pas complètement le contrôle sur la population, d’autant qu’il garde un droit de regard sur les activités du maire et de sa gestion, p. 17 et 28. A travers ce traité, l’abbé perd donc une partie de ses pouvoirs, mais sa domination sur la vallée reste grande, il reste l’acteur principal autour duquel tourne toute la vie de la communauté d’habitants. L’idée souvent défendue selon laquelle ce traité serait une véritable libération du peuple face au joug de l’abbaye s’avère erronée. L’abbaye, même affaiblie s’accroche à ses privilèges et la communauté d’habitants, loin de se libérer de cette domination s’offre néanmoins une marge de manœuvre plus grande grâce à ce traité. Il ne s’agit donc pas ici d’une fin pour les habitants de Munster, mais du début d’une ouverture vers une émancipation future.

Le fait que ce traité accorde la liberté de culte aux habitants peut être considéré comme une vraie rupture vis-à-vis de l’abbaye. L’abbaye est condamnée pour les actes répressifs d’Henri de Jestetten. Ceci montre que la communauté d’habitants peut gagner un combat face à l’abbaye, même si celui-ci est symbolique. Outre les améliorations matérielles, on peut percevoir à travers ce traité une véritable ouverture politique initiée par la guerre des paysans en 1525. Auparavant, les habitants de Munster souffraient, mais n’avaient pas conscience du pouvoir de rébellion qui s’offrait à eux. Grâce à cette médiation, les Munstériens prennent conscience que d’autres ouvertures politiques sont possible et que malgré le pouvoir théorique de l’abbaye, celle-ci n’est plus en mesure de les défendre. Ainsi, la communauté d’habitants a tout lieu d’être satisfaite au sortir de cette médiation. Néanmoins, avec seulement 8 griefs exposés contre 77 pour l’abbaye, ils n’ont pas tiré complètement profit de leur position dominante avec laquelle ils ont abordé le traité. On peut avancer le manque de préparation et d’expérience des Munstériens dans les affaires juridiques, d’autant qu’ils ne s’attendaient peut être pas à une médiation d’une telle ampleur. Les traités précédents, ceux de Fleckenstein en 1549 et d’Erbach en 1566 sont plus lapidaires. On peut aussi y voir une volonté de ne pas déstabiliser complètement l’institution abbatiale qui structure le territoire et les esprits depuis tant de siècles. Néanmoins, le paiement du curé protestant de Munster constitue un « camouflet » pour l’abbé. Le fait de perdre sur le plan de la foi fragilise l’abbaye dans sa vocation à faire accepter la légitimité de son pouvoir seigneurial sur la vallée de Munster. C’est principalement en cela, et tous les protagonistes du traité en sont conscient, que l’abbaye a perdu le plus sur une perspective à long terme. L’abbaye ne pourra pas lutter contre les prochaines velléités qui animeront les habitants de la Ville et du Val de Munster dans le futur. Ce traité, loin d’être une libération du peuple munstérien, constitue la première pierre d’une émancipation qui semble inéluctable. Loin de provoquer l’unanimité, ce traité est tout de suite remis en cause au travers un procès en cassation par l’abbaye. Les habitants quant à eux, le célèbrent au travers du lion de pierre sur la fontaine du marché tenant une pièce à chaque patte et comportant les armoiries de Munster. Au-delà du symbole, ce traité est suivi de véritables conséquences concernant les relations entre l’abbaye et la communauté d’habitants.

Conséquences du traité

Le traité de Kientzheim a modifié le rapport de force entre l’abbaye et la communauté d’habitants. Il permet de rétablir la paix sociale jusqu’à l’arrivée des Français lors de la guerre de trente ans. Néanmoins, il n’enlève pas complètement les rancoeurs et n’éteint pas la nervosité au sein de la société. En premier lieu, il faut souligner que l’abbaye n’accepte pas la médiation. Dom Calmet émet un jugement explicite sur la manière dont le traité a été accepté. Il s’agirait d’ « un traité où l’abbaye souffrit le plus grand dommage qu’elle ait enduré jusqu’alors »130. Ce traité serait selon lui plus grave que les épidémies de peste qui ont failli faire disparaître tous les moines du couvent au début du XVIème siècle ou que l’incendie de 1354. Dom Calmet affirme que l’abbé aurait signé le traite avec le poignard sous la gorge. On ne retrouve cette hypothèse que dans les écrits provenant du camp de l’abbaye131. Cependant cela semble peu probable. En effet, l’administrateur de l’abbaye se trouve dans une situation où il se voit obligé d’accepter la négociation. Il subit un demi-siècle de désagrégation de la légitimité de l’autorité abbatiale. Ce traité est en quelque sorte un « moindre mal », car il préserve tout de même une grande partie du pouvoir de l’abbaye sur la vallée, malgré une perte conséquente d’emprise sur le Val et la ville de Munster. On peut penser que cette version violente des faits a pu être fabriquée pour sauvegarder l’honneur de l’administrateur qui remet néanmoins tout de suite en cause ce traité. Il intente ainsi un procès en cassation que ses successeurs vont poursuivre. Le 27 juillet 1602, une commission impériale est chargée de réexaminer les griefs sous la conduite du sous-bailli. Malgré des réunions régulières, la plainte de l’abbé n’obtient pas de satisfaction. La lettre du comte palatin datée du 14 avril 1612 clôt l’affaire et entérine définitivement le traité de Kientzheim132.

L’abbaye finit par s’accommoder de ce traité. Il défend le respect de la religion catholique, ainsi, l’abbaye ne risque plus d’être remise en cause ou d’être mise en danger de ce point de vue. Elle n’est en outre pas en mesure d’imposer la Contre Réforme comme cela fut le cas à Colmar notamment. Le camp protestant est trop puissant à Munster, cela demanderait des moyens que l’abbaye n’a plus. La priorité est de reconstruire une communauté de moines prospère après la faillite de l’abbaye au XVIème siècle. Or, après Adam de Holzapfel mort en 1578, ni Georges Müsinger de Frundeck, ni Jean Henri Brimsy de Herblingen, ses successeurs jusqu’en 1630 n’ont réussi ou voulu restaurer la crédibilité de l’abbaye. Ce dernier est qualifié par Christian Wilsdorf de « très habile filou et intriguant » pour n’avoir pas respecté sa fonction d’abbé et l’avoir usurpé à son profit personnel133. Les avis sont partagés, Dom Calmet donne une image plutôt positive de cet abbé. La réalité est qu’il a effectué 5 ans de prison pour n’avoir pas voulu rendre de comptes au bailli et à l’évêque. À travers ces affaires et ces difficultés, la réputation des abbés de Munster n’est pas très bonne et l’évêché de Bâle éprouve la plus grande difficulté à trouver un abbé pour Munster. Dans ces conditions, il est difficile pour l’abbaye de faire respecter ses droits et d’avoir quelconque légitimité lors de requêtes qu’elle pourrait intenter, d’autant que l’administration des Habsbourg n’a plus guère confiance dans les gestionnaires de l’abbaye. Suite à la mort d’Adam de Holzapfel, un inventaire des biens de l’abbaye est d’ailleurs effectué134. Puis, il s’écoula dix ans jusqu’à la nomination de Jean Henri Brimsy de Herblingen au siège abbatial, l’évêché de Bâle et le Grand bailliage de Haguenau ayant hésité à l’opportunité d’instaurer un abbé dans une abbaye ruinée. Georges Müsinger de Frundeck n’était qu’administrateur de l’abbaye. Le traité de Kientzheim sera une dernière fois remis en cause par l’abbé Marchant en 1662, mais sans succès. La médiation de 1575 fixe ainsi un état de fait, mais la concurrence entre les deux confessions reste grande jusqu’à la Révolution. L’abbaye a tenté de faire vaciller les décisions de 1575, mais elle n’a pas réussi. La crise des vocations s’amplifie dans la société moderne. La vie monastique reste de plus en plus une place privilégiée pour les cadets des grandes familles qu’on place de manière systématique. Très peu de moines mènent cette vie par choix personnel. Dans ce cas, la volonté de défense de la foi par les abbayes et par celle de Munster entre autres est fortement amenuisée. Ainsi les moines de Munster ne mènent pas une vie conforme à la rigueur de la règle de Saint Benoit et ne se préoccupent plus beaucoup des intérêts de l’abbaye. D’autre part, l’abbaye reste un terrain d’enjeux politiques entre l’évêque de Bâle et le bailli d’Haguenau. Les deux entités tirent les ficelles à leurs profits concernant la vie de l’abbaye. Cela mène à quelques tensions. Grégoire Blarer de Wartensee aurait été institué sans l’accord du bailli en 1630 ce qui a provoqué de vives protestations de la part du grand baillage de Haguenau.135 Enfin les dettes de l’abbaye provoquent une grande instabilité et de nombreux procès avec des grandes familles nobles telles que les Hattstatt de 1590 à 1593136. De ce fait la continuité et la cohérence ne peuvent pas régir l’évolution de l’abbaye. La communauté monastique de Munster semble vouée à continuer à survivre avec difficultés au XVIIème et au XVIIIème siècle.

En ce qui concerne la communauté d’habitants, la réception du traité est différente. Il constitue une avancée considérable pour la vie des Munstériens. Il leur permet de pratiquer le culte protestant sans être poursuivis, au point que Dom Calmet parle de « république de Munster »,137 faisant référence aux républiques protestantes de Mulhouse et de Strasbourg. Ce qualificatif peut être considéré comme flatteur pour la communauté d’habitants, grande gagnante de la médiation. Le traité apaise grandement les tensions dans la vallée, même si nous avons vu que l’abbaye reste en effervescence à ce sujet au XVIIème siècle. En ce qui concerne la société, de nouveaux motifs de tension apparaissent à la fin du XVIème siècle, les problèmes liés à la sorcellerie. Auguste Scherlen affirme que l’on trouve un nombre inhabituel de rapports à ce sujet aux archives de Munster pour la fin du XVIème et le XVIIème siècle138. Ceci est révélateur du climat de nervosité qui règne encore dans la population de Munster malgré la signature du traité. Par ailleurs, Jean Matter explique les difficultés du conseil avec le greffier notamment dans la période comprise entre la médiation de 1575 et la guerre de Trente Ans. De 1612 à 1616, le conseil ne se serait pas réunit la moindre fois !139 Les tensions ancestrales prennent un certain temps avant d’arriver à s’apaiser. Un traité ne suffit pas pour changer des mentalités, mais il peut contribuer à amorcer une évolution.

Malgré ces petites tensions persistantes, le protestantisme connait un essor durable et définitif suite à la médiation de Schwendi de 1575. Le pasteur Legden porte sa part de responsabilité dans cet essor. Il est le pasteur de Munster pendant toute la période entre 1563 et 1599 et jouit d’un grand crédit auprès de la population de par son courage face à l’abbé. Il se distingue de ses prédécesseurs par son origine. Il ne vient pas du grand centre des idées protestantes de l’époque qu’est Strasbourg, mais du pays de Bade. On peut mentionner plusieurs ordonnances du pasteur en 1576 puis en 1577, ce qui fait dire au Dr Marie Joseph Bopp qu’en 1591 « Die grosse Zahl der eingetragenen Taufen beweisen uns, dass der evangelische Glauben sich seit 1575 rasch im Tale verbreitet und fast die Gesamtheit der Bewohner erfasst hat »140. Le traité de Schwendi a permis une conversion presque complète de la Ville et du Val de Munster au protestantisme. Au XVIIème siècle, il ne reste que quelques familles catholiques dans les villages de la vallée tandis que la ville de Munster est complètement convertie.

La communauté d’habitants peut aussi se permettre des actions qu’elle n’aurait pas osé faire par le passé. Ils ont pris conscience à travers le traité de Kientzheim de la faiblesse de l’abbaye. Les droits de l’abbaye mis par écrit par Lazare de Schwendi et entérinés sont même parfois remis en cause. La ville de Munster tente d’avoir plus de droits encore et conteste les prérogatives de l’abbé concernant la taxe sur les débits de boisson, la forêt ou encore les corvées. En 1584 par exemple, concernant le droit de chasse, l’abbaye avait autorisé les habitants à chasser pour un temps. Cette permission annulée, les paysans munstériens ont continué à chasser141, ce qui montre l’appropriation progressif des droits par la communauté d’habitants aux dépends d’une abbaye résolue à monnayer parfois ces droits pour essayer de subsister. Dom Calmet explique lui-même que l’abbaye était criblée de dettes en 1600 lorsque Jean Henri Brimsy de Herblingen fut nommé abbé.142 Ces contestations continuent jusqu’à la révolution française.

Le traité de Kientzheim est d’une grande importance dans l’histoire de la vallée de Munster. L’érection du lion de pierre sur la fontaine de la place du marché dès l’année suivant la signature du traité témoigne de la manière dont a été perçue cette médiation par la communauté d’habitants. Christian Wilsdorf souligne justement la relation entre un traité important et une construction nouvelle. La fontaine au lion a en effet été construite en 1576, l’année suivant le traité de Kientzheim, mais il y a aussi l’hôtel de ville qui a été construit en 1550, l’année suivant le traité de Fleckenstein. Pourtant la médiation de 1575 ne fait que réaffirmer en grande partie les traités antérieurs et notamment les décisions prises sous l’abbé Jean Rodolphe de Loubgatz au XVème siècle143. La réussite de ce traité réside certainement dans une relation entre la personnalité consensuelle et très respectée de Lazare de Schwendi, le contexte général de crise des confessions qui règne en Europe au XVIème siècle et le rapport de forces inégal entre la communauté d’habitants et l’abbaye au moment d’arbitrer ce différent.

Conclusion

L’abbaye a remis la médiation en cause dans un premier temps avant de s’en accommoder de fait en raison de ses difficultés à reconstruire un ensemble cohérent. Elle ne se relève pas de cet échec qui stigmatise toutes les difficultés passées s’exacerbant au XVIIème puis au XVIIIème siècle. La communauté d’habitants au contraire profite de cette « bouffée d’oxygène » pour revendiquer une plus grande émancipation en tentant avec un succès mitigé de reprendre petit à petit les droits de l’abbé jusqu’à la Révolution française. La conversion quasi-totale des habitants au protestantisme et le dynamisme des pasteurs ne font néanmoins pas complètement disparaitre les tensions ancestrales qui se matérialisent par la chasse aux sorcières notamment.
Le traité de Schwendi de 1575 semble pour beaucoup s’apparenter à un acte de libération de la population munstérienne. En réalité, cela n’en est pas un en tant que tel dans la mesure où les droits supplémentaires accordés aux habitants ne sont pas si nombreux en dehors de l’instauration de la Réforme à Munster. Il demeure que le traité de Kientzheim fait appel aux convictions politiques de ceux qui l’étudient. Il semble en effet naturel de prendre le parti de la communauté d’habitants dont la lutte est fortement teintée de légitimité. Même si la plupart des historiens actuels prennent de grandes précautions, ce positionnement est perceptible. Robert Schmitt144 illustre parfaitement cette pensée historiographique sur le sujet en résumant la situation au XVIème siècle. « Plus que jamais, les bourgeois exécraient la prédominance abbatiale ; plus que jamais, ils aspiraient à la libération de la personnalité humaine ». On perçoit très clairement ici le positionnement de l’historien dans le lyrisme de cette citation. D’autre part, les monographies les plus complètes sur la période proviennent du camp catholique. Dom Calmet ou Ohl étaient des religieux de Munster. Le point de vue est radicalement différent, mais pas la force de conviction chez les auteurs. La politisation de cette polarisation a pu mener à des interprétations parfois surprenantes de la période médiévale à Munster. Il n’y a aucune forme de passion politique à insérer dans l’étude de ce traité.

Il est cependant perceptible que ce traité constitue une libération mentale pour les habitants qui semblent y voir une grande victoire et ainsi se permettent une plus grande prise d’initiatives à l’encontre des droits que l’abbé de Munster n’a pas les moyens de défendre. Les réclamations de l’abbaye auprès des instances supérieures ne sont pas toujours écoutées. Ce traité n’est ni le point de départ, ni la conclusion de velléités émancipatrices de la part des habitants, mais une étape importante dans la prise de conscience collective de leurs possibilités qui prend fin de manière brutale avec la guerre de Trente Ans.

Extrait du mémoire de Master de Vincent Fellmann, soutenu à l’UHA le 25 juin 2008, sous la direction de Mme Kammerer.
Remerciements à Mme Odile Kammerer et à M. Gérard Leser


Références :

  1. Cf BISCHOFF Georges, op.cit.
  2. HIMLY François-Jacques, Glossaire Allemand-Français des institutions de l’ancienne Alsace, Publications de la fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie d’Alsace, T IX, Strasbourg, 1973 et HIMLY François-Jacques, Dictionnaire ancien Alsacien- Français XIIIème-XVIIIème siècles, Strasbourg, 1983.
  3. Lazare de Schwendi (1522-1583) ancien compagnon d’arme et conseiller de Charles Quint, devient baron de Haut Lands- berg en 1563 et s’y installe en 1569 après la guerre contre les Hongrois et les Turcs. Il est nommé avoué impérial de Kaysers- berg en 1573. Il est chargé par l’empereur de régler ce traité. Il a d’autant plus de chances de réussir à régler ce conflit qu’il bénéficie d’une certaine autorité morale de par son statut auprès des deux parties.
  4. Capitale administrative et lieu de résidence du bailli d’Alsace (Landvogt).
  5. Administrateur de l’abbaye en 1575 jusqu’en 1578.
  6. Abbé de Munster de 1568 à 1575.
  7. « Allerdurchleuchtigist, Grossmächtigist vnnd Vnüberwindtlichtist fürst »
  8. Empereur de 1564 à 1576, il est plutôt favorable au protestantisme mais pratique une politique d’apaisement des conflits religieux dans le Saint Empire.
  9. Cf carte. Région à l’ouest de Colmar. Le château du Haut Landsberg, reconstruit par Lazare de Schwendi, se trouve à Wint- zenheim.
  10. Cf carte en annexes. Triberg se trouve en Forêt Noire à environ 20 km au nord-est de Freiburg.
  11. Cf carte en annexes. Bergheim se situe à 15 km au nord de Colmar, entre Ribeauvillé et Sélestat.
  12. Lazare de Schwendi.
  13. Cf carte en annexes. Kientzheim est situé au nord de Colmar à l’entrée de la vallée de Kaysersberg. Le château de Schwendi où se déroule la médiation se trouve à l’entrée Est de Kientzheim au niveau de la porte basse. Il s’agit du château inférieur. Il date du XVème siècle et a été reconstruit par Lazare de Schwendi qui y a rajouté les deux tours carrées. Il a aujourd’hui perdu son aspect médiéval.
  14. « Stattschreiber vnnd Sÿndicum »
  15. Haguenau.
  16. « L’évêque nomme librement son official et peut le révoquer ad nutum. L’official juge « à la place »et pour le compte de l’évêque. On ne peut donc pas appeler de l’official à l’évêque. L’appel doit être porté devant une instance supérieure. (…) L’official juge en matière civile, disciplinaire, répressive. Il peut prononcer des peines ecclésiastiques. Il exerce des activités extrajudiciaires en matière administrative (fixation des limites d’un cimetière), par voie d’autorité (obliger une femme mariée à regagner le domicile conjugal), pour enregistrer les actes particuliers. » selon GAUVARD Claude, (de) LIBERA Alain et ZINK Michel, Dictionnaire du Moyen Age, PUF, Paris, 2002, p. 1017.
  17. Droit canon et droit civil.
  18. « Fh.dht » est l’abréviation de fürstlicherdurchlaucht.
  19. « Rath vnnd Camer Procurator ».
  20. « Rath vnnd Zinssmeister ».
  21. « Landtuogteÿ ».
  22. « hinc inde ».
  23. Muhlbach se trouve au fond de la vallée de Munster, entre Luttenbach et Metzeral.
  24. Texte présenté à la diète d’Augsbourg le 25 juin 1530 par les partisans de Luther; il prône la liberté de conscience.
  25. Abbé de 1539 à 1550, il aurait eu une gestion discutable de l’abbaye au point de recevoir des avertissements de l’évêque de Bâle et de l’empereur en 1544 et 1549, selon CALMET Dom Augustin, op.cit, p. 158.
  26. Abbé de 1555 à 1560. Successeur de Petermann, il a eu des difficultés à s’imposer face à la communauté d’habitants et doit se retirer en 1560 laissant le siège abbatial vacant.
  27. Abbé de 1568 à 1575, il se démarqua en adoptant une posture plus intransigeante vis-à-vis de la communauté d’habitants. Son comportement parfois excessif peut expliquer pour beaucoup le durcissement du conflit.
  28. L’évêque de Bâle.
  29. « gulden ». « Le florin était en principe une monnaie d’or, originaire de Florence, acclimatée en Allemagne à la fin du XIVème siècle. On l’employait fréquemment, non seulement pour les transactions commerciales, mais encore dans les contrats de toute espèce. Ces florins étaient souvent soldés en argent, surtout quand il s’agissait de rentes ou du remboursement d’un capital. » Il représente 12,5 sous de Colmar en 1500 mais son cours habituel correspond à environ 10 sous selon HANAUER Auguste, T1, « Les monnaies » in Etudes économiques sur l’Alsace ancienne et moderne, Colmar, 1876, p. 20-21.
  30. « vierthell ». Correspond à environ 116 litres selon HIMLY François-Jacques, Dictionnaire.. op.cit., p. 245.
  31. « fuoder ». Correspond à une capacité variant de 800 à 1200 litres selon idem, p. 68.
  32. «sester».Correspondàenviron19,4litressoit1/6d’unrézalcequiexpliquel’étymologiedecemot.Peutaussiêtreappelé
    boisseau selon HANAUER Auguste, T2, « Denrées et salaires » in Etudes économiques sur l’Alsace ancienne et moderne, Colmar, 1876, p.12.
  33. « Ohmen » Il faut 21 aime pour obtenir un foudre. Un aime vaut donc entre 38 et 57 litres. Peut aussi être appelé « mesure » selon idem, p. 17.
  34. « Zehenden ». « Redevance d’un dixième du revenu, dû par tout fidèle à sa paroisse. » selon FAVIER Jean, Dictionnaire de la France médiévale, Fayard, 1993, p. 347.
  35. « Pfundt » La livre est une monnaie de compte. Elle vaut 20 sous de 12 deniers selon HANAUER Auguste, T1, « Les mon- naies », op.cit., p. 20.
  36. « schilling » « Le sou ou schelling n’a été monnayé que depuis le XVème siècle » selon HANAUER Auguste, T1, « Les mon- naies », op.cit, p. 20
  37. « Pfening » Le denier est une monnaie réelle. À titre d’exemple, un marc d’argent (234,55 grammes) vaut 368 deniers en 1559 selon HANAUER Auguste, T1, « Les monnaies », op.cit, 20 et 385.
  38. Au Conseil de la ville.
  39. « Jus Patronus vnnd Collatur » Jus Patronus : Patronus signifie protecteur. Celui qui obtient ce droit devient le protecteur des reliques de l’église. En quelque sorte, c’est lui qui s’occupe de la gestion de tout cela. L’Eglise a toujours essayé de rè- glementer la transmission de ce droit très important pour éviter que celui-ci tombe entre les mains de protecteurs laïques. Collatur « supin du verbe latin confere, ce mot désigne l’acte juridique qui attribue un bénéfice ecclésiastique. (…) Dans la mesure où le principe canonique voulait que tout clerc vive de l’autel, toute fonction ecclésiastique (officium) était associé à une dotation économique (beneficum) pour former le bénéfice ecclésiastique. » selon GAUVARD Claude, (de) LIBERA Alain et ZINK Michel, op. cit., PUF, Paris, 2002, p. 1053 (patronage) et 306 (collation).
  40. « per EXPRESSUM ».
  41. « Zinss ». on peut comprendre aussi « rentes foncières »
  42. « alle vierthell Jar PRO RATO ».
  43. « denn Wolgebornen Herren Herren Johann Wildt vnnd Rheingrafen vnnder Landuogt In Elsass ».
  44. 1H18/41 aux ADHR. Il s’agit d’un traité favorable à l’abbaye accentuant la mise sous tutelle de la communauté d’habitants
    de Munster par l’abbaye selon CALMET Dom Augustin, op.cit., p. 141.
  45. Une des familles les plus puissantes de Basse Alsace. Henri de Fleckenstein ( -1561) fut sous bailli d’Alsace de 1544 à 1555. Cf BAECHLER Christian et KINTZ Jean Pierre, Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie d’Alsace, Strasbourg, 1989, T3. et MÜLLER Peter, Die Herren von Fleckenstein im späten Mittelalter, Franz Steiner Verlag, Stuttgart, 1990.
  46. 1H19/24 aux ADHR.
  47. « Vogt ».
  48. Cour fondée par les carolingiens, Rottweil compte parmi les plus grandes cours de justice du Saint Empire à cette époque.
  49. « vnnderuogt ».
  50. « Oberuogt ».
  51. Kirburg se trouve entre Bonn et Offenbach am Main, Thoune se trouve en Suisse près de Berne.
  52. Dom Calmet le nomme aussi ainsi. Cf CALMET Dom Augustin, op. cit., p. 141.
  53. « Wir Johann Wildtgraue zu Thune, zu Kerburg, Reingraf zum Stein, vnnderlanduogt Zu Elsass ».
  54. Saint Paul de Tarse dit le tisseur de tentes.
  55. Soit le 30 Janvier 1466.
  56. « Dess Reichs vnnderuogt Zu Münster ».
  57. « Lidlohns »
  58. Dagstul se trouve dans la Sarre.
  59. « vnnder Landuogt ».
  60. Sainte Lucie de Syracuse et Sainte Odile, abbesse de Hohenbourg sont célébrées le 13 décembre.
  61. « Zwing vnnd Bann ». Voir la définition note 3 p. 13.
  62. 1H17/10 aux ADHR. Traité de 1339. Cf BISCHOFF Georges, op.cit, p. 21-61.
  63. La forêt de Gippich ou Herrenwald se trouve au fond du village de Metzeral
  64. La forêt de Geisbach se trouve à Luttenbach.
  65. La forêt de Feseneck se trouvait derrière l’actuelle gare de Munster.
  66. La forêt de Schweinsbach se trouve à Stosswihr.
  67. 1H19/44 aux ADHR. Transaction entre l’abbé Joachim Brining et la communauté d’habitants de Munster au sujet des clefs des portes de la ville. Ce traité porte le nom du comte Eberhard d’Erbach qui a arbitré cette transaction. Il s’agit de confirmer l’arbitrage de Fleckenstein qui n’a, semble t’il, pas été mis en application.
  68. Peterman d’Aponex a été abbé de Munster de 1539 à 1550.
  69. « anderthalb mass wein ».
  70. « zwenn Laibbrott ».
  71. Le 11 novembre.
  72. « vier schilling Pfening Rappenmüntz ». Le Rappenmünzbund est « l’alliance monétaire qui engloba la Haute Alsace, le Brisgau et un temps les cantons confédérés de 1311 à 1584. » selon HIMLY François-Jacques, Dictionnaire…, op.cit., p. 174.
  73. Le 21 décembre.
  74. « mehr gedachter Herr ».
  75. « durch der herrn Khaiserlichen Commissarien».
  76. « item ».
  77. « lanndtuogt ».
  78. « Reichsuogt ».
  79. « Vngeltt ». Il s’agit d’un droit sur la boisson imposée aux détaillants. Elle concerne en outre les liqueurs et les eaux de vie dans la vallée de Munster. Ce droit est octroyé à une communauté par le seigneur (l’empereur dans ce cas). Cf HOFFMANN Charles, L’Alsace au XVIIIème siècle au point de vue historique, judiciaire, administratif, économique, intellectuel, social et religieux, Colmar, 1907, p. 507-515.
  80. « der Vngelt Pfleger ».
  81. « Schultheissen ».
  82. « Bannwein » Banvin : « Banalité ». C’est le droit qu’a un seigneur de vendre le vin de son domaine propre avant celui de ses tenanciers et avant celui des autres seigneuries locales » selon, FAVIER Jean, op.cit., p. 113.
  83. « der Hilff Pfening ».
  84. « Prestations en services dues au seigneur par ses tenanciers et dépendants, libres et non libres. » selon idem, p. 313.
  85. « weckhen » gâteau en forme de coin en farine de froment selon LEXER Matthias, op. cit. Il s’agit dans la vallée de Munster d’une brioche de forme ronde.
  86. Kirchbühl est le lieu dit sur lequel se trouve l’église de Stosswihr.
  87. « marckh ». Le marc de Bâle pèse 234,55 grammes en 1564 selon HANAUER Auguste, T1, « Les monnaies », op. cit., p.6-9.
  88. « Pfund Pfening ».
  89. « gewerff » Taille selon HIMLY François Joseph, Glossaire…,op. cit., p29. Il s’agit d’une « taxe ou impôt direct au bénéfice du seigneur foncier. (…)La taille seigneuriale apparait au XIème siècle (…) elle est d’abord liée à une circonstance, et (qu’) elle est censée payer la protection du seigneur, puis (qu’) elle devient vite une imposition sans justification. » selon FAVIER Jean, op. cit.,p. 899.
  90. « Freÿheiten »
  91. « Brief vnnd Sybligen ».
  92. « Ainungsbuch ». Ce recueil a été crée en 1490. On le nomme aussi Statutenbuch. Selon SCHMITT Robert, « Munster au Val saint Grégoire, treize siècles d’histoire » in Saisons d’Alsace, Strasbourg, 1979, n°70, p. 17.
  93. « die Brott vnnd Fleischschauwer ».
  94. « Huottainigung ».
  95. « Zubesetzen ».
  96. « Teuch » Etang de pisciculture.
  97. « förstlicher Oberkheit ».
  98. « Abbtey » Première citation de ce terme dans le traité.
  99. « Item ».
  100. « statthafft».
  101. « eines Abbts geschefft ».
  102. « gichtige »
  103. « beÿ allen Rechnungen ».
  104. « Dinckhoff ».
  105. « Kochen »
  106. De conseil.
  107. 1H18/14 aux ADHR. Comme le montre ce qui suit, ce traité porte sur l’imposition des officiers seigneuriaux. Jean de Vestenberg le sous-bailli d’Alsace nomma Berwart en tant que tiers arbitre selon SCHMITT Pierre, « Un manuel du XVème siècle… », op.cit, p. 216.
  108. Le 7 Septembre 1363.
  109. « vnnd darumb auch die misshelli Darrueret das Dass also Zuuermoerkhende, vnnd Zuuerstan seÿ ».
  110. L’abbé.
  111. « vferschmide mit Ketten, oder mit gohnt ».
  112. « sich erhuebe vnnd vferstuende ».
  113. De la vallée.
  114. « frönner ».
  115. « die Ornaten ».
  116. « dieselben Kürch vfgebrochen ».
  117. « dem Wildbann vnd forst ».
  118. « ein doppelvierer ».
  119. « Rathholz ».
  120. « Bawholz ».
  121. « Rebsteckhen » signifie plutôt le tuteur de la vigne, le bâton qui tient le pied de vigne pour qu’il pousse droit.
  122. « die Hoffhaltung ».
  123. « ein Pfund Pfennig Rappen ».
  124. « Stanndgeltt vnnd Zoll ».
  125. « Iren anhenngen ».
  126. Selon LESER Gérard, Repères pour une histoire du val et de la ville de Munster, édition d’Alsace, Colmar, 1988, p. 39.
  127. Cf SCHERLEN August, « Münsterer Hexenprozessordnung vom Jahre 1608 », in ASHVVM, 1927, p. 9.
  128. « als der sne schmilzet » soit jusqu’à la limite de la fonte des neiges. Cf SCHUBNEL Antoine, « La forêt et les communautés du val de Munster, 1ère partie », in ASHVVM, 1983, p. 27.
  129. Abbé de 1450 à 1485.
  130. Cf CALMET Dom Augustin, op.cit., p. 170.
  131. Voir aussi OHL Ludwig, op. cit.
  132. Cf WALDNER Eugène, « Les droits seigneuriaux de l’abbaye de Munster dans les villes impériales de Munster et de Turc- kheim », in Revue d’Alsace, 1924, p. 412-413.
  133. Cf WILSDORF Christian, « L’abbaye de Munster… », op.cit, p. 65.
  134. Cf ROUX Lucie, op.cit, p. 197.
  135. ROUX Lucie, idem, p. 198.
  136. ROUX Lucie, Idem, p. 447.
  137. Cf CALMET Dom Augustin, op.cit., p. 171
  138. Cf SCHERLEN August, « Münsterer Hexenprozessordnung …”, op.cit, p. 9.
  139. Cf MATTER Jean, « Ratserneuerugen in Stadt und Tal Münster 1542-1623. » in ASHVVM, 1930, p. 21-33.
  140. Cf BOPP Dr. Marie Joseph, op.cit, p.63. « Le grand nombre de nouvelles conversions nous prouve que la religion évangélique s’est rapidement développée dans la vallée et à englobé la quasi totalité des habitants de la vallée ».
  141. Cf WALDNER Eugène, op.cit, p. 408.
  142. Cf CALMET Dom Augustin, op. cit.,p. 175.
  143. Cf WALDNER Eugène, op.cit., p. 402-403.
  144. SCHMITT Robert, « Treize siècles d’histoire : Munster au val Saint Grégoire », in Les Vosges, n°2, Strasbourg, 1973, p. 8.

2/ Le traité de Marquard (1339)

4/ Les Hartmann