2/ Le traité de Marquard (1339)

entre l’abbaye bénédictine de Munster et la Communauté d’habitants du Val Saint Grégoire

Traduction : Georges BiscHoff

Nous, Marquard, abbé (abbet) par la grâce de Dieu, et nous l’ensemble du chapitre de l’abbaye (gottshuses) de Munster au le Val Saint-Grégoire, du diocèse de Bâle et de l’ordre de Saint-Benoît, d’une part, et nous, bailli, conseil et communauté (vogt, rat, gemeinde) de la ville et du val de Munster, d’autre part, dans le même diocèse, nous portons à la connaissance de tous ceux qui verront ou entendront lire cette lettre.

Reproduction du traité
Le traité de Marquard, 1339 (Archives municipales de Munster).

1) En premier lieu, nous, les susdits bailli, conseil et communauté de ladite ville et de la vallée, nous reconnaissons et affirmons que notre seigneur l’abbé de la susdite abbaye exerce l’autorité et le ban (twing und bann1), sur les gens et sur les biens dans la ville et dans la vallée, un droit de protection et une juridiction (schutz und hafft) sur les terres et les prés dans les limites correspondant à la fonte des neiges (als der sne smiltzet). . [2, 3]

2) L’abbé institue également un prévôt (schultheis), sans que cet office puisse être transmis par l’hérédité, sauf si cela lui plait.[3]

3) Avec son agrément, le prévôt désigne deux sergents (weibel) et un mitterrand2 (hengisel). [3]

4) L’abbé doit avoir les deux tiers de la justice du prévôt [3].

5) Aux trois fêtes, Noël, Pâques et Pentecôte, le prévôt doit également fournir deux chaussures en cuir de Cordoue à trois serviteurs de l’abbé, le chambrier, le cuisinier et le portier. Il doit également donner trois fers de charrue, un par ensemble de terre, en remplacement des anciens qu’on lui remet, mais il n’a pas à le faire si ceux-ci ne lui sont pas restitués.[3, 4]

6) Le schultheis doit présider toutes les assemblées domaniales (alle hoffgeding) qui ont lieu dans la vallée de Munster, et y faire valoir les droits de Monseigneur. S’il n’accomplit pas cela, il perd sa fonction et paye 5 £ d’amende.[4, 5]

7) Lors de la fête de Saint Grégoire, pendant le carême, le schultheis doit donner 5 sous (schilling) aux moines. [5]

8) Le schultheis doit recruter les deux sergents qui doivent être si honorables, qu’on puisse leur confier la collecte de la taille (bette). En cas de malversations de la part de ceux-ci, c’est à lui de les réparer.

9) Il reçoit 2 £ de la taille de la Saint-Martin.[6]

10) Si l’abbé convoque le bailli (vogt) devant sa cour pour régler un différend, le schultheis doit aussi être présent (mais pas dans d’autres cas) et doit lui donner 5 sous. [7]

11) Lorsque notre seigneur abbé veut avoir des gens pour faire la corvée, le sergent doit se munir d’une quantité de pain telle qu’il puisse donner un pain à chaque corvéable requis ; s’il ne le fait pas, le sergent doit renoncer à sa fonction ou [doit payer] cinq livres d’amende.

12) Lorsque notre seigneur l’abbé emploie des ouvriers pour les corvées, le sergent ou son remplaçant doit être présent. S’il ne le fait pas, il perd sa fonction ou paye 5 £. [7, 8]

13) Lorsque le sergent requiert les corvéables de notre seigneur, il peut choisir pour ce service qui il veut.

14) Le pain doit être tel qu’on puisse en faire trente à partir d’un malter3.

15) Notre seigneur abbé a le droit de banvin trois fois par an, à Noël, quatorze nuits, à Pâques, quatorze nuits, à la Pentecôte, quatorze nuits et quand le ban commence, l’abbé ou son prévôt doit prendre avec lui autant de membres du conseil qu’il le souhaite pour fixer les [prix des] vins mis en vent à l’occasion du ban. Ces vins doivent provenir des dépendances de l’abbaye [des gotzhuses frönde].[8, 9]

16) Et à la veille de l’ouverture du banvin, le prévôt doit, en compagnie du sergent, poser les scellés sur les tonneaux des aubergistes ; et celui qui contrevient au ban doit payer à l’abbé soixante sous et un helbeling d’amende toutes les fois qu’il débite du vin [9, 10]

17) A un habitant qui est propriétaire de son bien, on doit faire crédit quatorze nuits après le ban [10]

18) A l’égard de celui qui, par indiscipline refuse de boire [le vin] du banvin, on doit le lui envoyer chez lui lorsque c’est possible [10, 11]

19) S’il refuse de le prendre, alors le sergent doit verser le vin dans son récipient et il est alors obligé de le payer [11]

20) Notre seigneur l’abbé doit donner un muid (malter) de grain chaque fois qu’il y a le ban

21) Lorsque le sergent (bot) du prévôt prélève [ce qui est dû pour] le ban, il doit l’exiger en nature (phant) ou en argent ; celui qui s’y oppose, il doit le déférer au bailli (vogt). Si le débiteur du ban se met en règle devant le tribunal, il n’est en rien redevable à l’égard du bailli. [11, 12]

22) Lorsque le prévôt prélève le ban de notre seigneur, on lui donne, ainsi qu’à ses valets (knechten) quatre pains blancs et un quart de vin, ni du pire, ni du meilleur. [12]

23) Le mitterrand a le droit et le devoir de vérifier toutes les mesures de grains et de vin. Les carences qu’il peut y avoir, il doit les faire disparaître. Pour ce travail de vérification, on lui donne huit denier par récipient d’une aime, pour un setier4, quatre, pour un demi[-setier], deux, pour un becher5, deux, pour un demi, un.

24) Il doit également faire et vérifier les poids, et, pour cela, on doit lui donner un denier par livre.[13]

25) Il doit également ordonner tous les travaux communs et y assister ; pour cela, il prend quelqu’un de la communauté pour le remplacer [dans son travail habituel] [13, 14];

26) Il doit également engager les bergers communaux dans cette vallée et assurer leur salaire, ce pour quoi il doit donner à chaque berger quatre pains blancs et un quart6 de vin, ni le pire, ni le meilleur.

27) Ce qu’il peut y avoir de carences à propos du salaire des bergers, c’est au mitterrand de le régler ; l’amende n’excède pas six deniers.

28) Notre seigneur l’abbé a également le droit d’exiger des corvées de chaque homme établi ici, à savoir trois jours avec la houe, deux jours avec la hache, un jour avec la charrue, deux avec la faux, un avec un cheval. Sont exemptés, les « hommes libres » relevant du monastère (des gotzhuses frige lüte).

29) Lorsqu’on convoque [des corvéables] pour une journée de travail, on doit faire en sorte de leur fournir la quantité du pain indiquée plus haut. Si on les requiert le dimanche, ils peuvent venir n’importe quel jour de la semaine sauf le samedi et sont alors quittes. [15, 16],

30) Ils sont tenus d’assurer leur journée de travail uniquement sur les domaines relevant de l’abbaye ; celui qui s’y soustrait paye 60 sous et un helbeling [d’amende]

31) Les corvéables doivent être au travail au moment de la première messe et terminent lorsqu’on sonne les vêpres.

32) On doit donner aux faucheurs, à chaque fois, un pain, un quart de fromage et du vin,

33) Aux autres corvéables, on donne à manger comme on le fait d’habitude (ou d’après Cchauffour, selon le genre d’activité)

34) En ce qui concerne les censitaires de l’abbaye: ils doivent être exemptés des poules et des prestations en nature (tagwan) de notre seigneur l’abbé ; ils ne sont astreint à aucune mauvaise amende, si ce n’est quatre sous qu’ils sont tenus de donner tant qu’ils ne déguerpissent pas. [17]

35) Le jour de la Saint Grégoire, pendant le carême, ils sont tenus d’offrir deux deniers en témoignage de leur franchise.[17, 18]

36) Il est à savoir que les « hommes libres » suivent la condition de leur mère et non du père et lorsque l’un d’eux décède, on doit faire sonner pour lui toutes les cloches, on doit placer sur lui un drap mortuaire (pheller, linceul ?) et fournir des cierges ; le receveur (zinsmeister) de l’abbé doit exiger de sa maisonnée, à titre de mainmorte, la meilleure bête qu’il a laissée, son meilleur vêtement ou son meilleur lit, s’il n’a pas laissé de bétail sur pied.[18, 19].

37) C’est pourquoi, quand il vient livrer [le produit de] la mainmorte, le receveur a le droit de demander qu’on lui serve à manger et à boire et [qu’on lui donne] une once de denier [19]

38) Les censitaires (des gotzhuses zinsgeltige lüte) du monastère n’ont pas le droit de déménager sans l’autorisation de l’abbé, sous peine de punition de corps et de bien.

39) Notre seigneur abbé dispose entièrement de l’eau [de la rivière] depuis les prés de Schwendes jusqu’au pont de Kilchbuhel [20]

40) Celui qui y pêche sans autorisation de l’abbé commet un délit [20]

41) Les eaux banales [banwasser] de l’abbé commencent à Breitenbach et vont jusqu’au gros poirier [20, 21]

42) C’est pourquoi, il appartient à son pêcheur de les garder et personne ne doit y pêcher, si ce n’est avec l’autorisation de l’abbé, à propos d’un censitaire, il est de règle que s’il prend un bon poisson, il doit le remettre au pêcheur de l’abbé ; on admet qu’un un habitant ordinaire [ein ieglich gesessen man] peut attraper un poisson endommagé, mais rien d’autre. [21]

43) Tous les droits appartenant aux Schrankenfels devront être maintenus au Fronhof. [21, 22]

44) Personne ne doit prendre des oiseaux (vogelen) et chasser, sauf les animaux dangereux : quand on tue un ours ou d’un sanglier, on doit en donner la tête à notre seigneur l’abbé.

45) L’abbé a à son service un maréchal qui doit l’accompagner quand il l’ordonne.

46) Lors des fêtes solennelles, il est tenu de porter le siège de l’abbé, lorsque celui ci conduit la procession avec la croix [22, 22]

47) De même, lorsque notre seigneur l’abbé veut bénéficier du droit de gîte7 dans ses domaines, le maréchal est tenu de l’accompagner sur le terrain avec les chevaux ; si les chevaux s’emballent, il doit y remédier.

48) On doit également accepter le cheval de l’abbé à l’étable et lui donner à manger.

49) [Pendant le séjour de l’abbé] la cour doit également bénéficier d’une garantie et elle toit être fermée.

50) Si le cheval y est volé, à l’extérieur de l’enclos, le maire en sera responsable [24]

51) Mais si il est volé à l’intérieur, il n’est pas mis à l’amende

52) Pour cela, chaque exploitation donne six deniers au maréchal

53) Tous les quatre ans, l’abbé doit aussi effectuer sa tournée à cinq, en compagnie d’un chapelain, d’un maréchal, d’un chambrier et d’un cuisinier.

54) L’abbé doit instituer des forestiers qui sont tenus de surveiller dans les limites de la fonte des neiges

55) Ils devront surveiller l’Eichberg plus attentivement que les autres forêts :

56) Les gages qu’ils saisiront dans l’Eichberg, ils devront en être responsables à la cour de l’abbé et celui qui voudra les racheter, il pourra le faire selon qu’ils lui reviennent effectivement.[25]

57) S’ils prennent des gages ailleurs, ils les gardent ;

58) Celui qui abat du bois dans l’Eichberg pour construire une maison doit donner deux forestiers quatre pains blancs et un quart de vin [25, 26]

59) Ils devront également donner tous les ans pour la cuisine de l’abbé une hache et une petite scie (sehseli) mais on devra leur restituer les anciennes [26]

60) et si ces dernières sont cassées, on doit leur restituer les morceaux

61) Tous les ans, ils devront également prendre deux chargements (fuoder) de chablis (afterslagen) dans l’Eichberg ; [26]

62) Le bois que le vent jette par terre dans le Hochwalt ou qui tombe de lui-même est également au forestier. [26, 27]

63) Il n’est permis à personne de prendre du bois dans les forêts du val sans l’autorisation de l’abbé [27]

64) Si notre seigneur l’abbé ou ses moines se plaignent de quelqu’un pour une question de dette et que le débiteur comparaît devant le tribunal, celui-ci sera quitte d’une
condamnation. [27]

65) L’abbé institue un tonloyer (zoller) qui doit remettre quatre viertel8 de sel, deux à Pâques, deux à la Saint-Martin, pour chaque prébende (pfrunde) un setier, le reste pour l’abbé. A chacune des douze prébendes, il donne 4 deniers (pfenning) pour des chaussures. Il prélève une taxe de 4 deniers sur chaque livre [de chiffre d’affaire] à l’achat ou la vente quand il s’agit d’une transaction faite par un marchand étranger. Chaque chargement (schroete9) de quelque marchandise que ce soit paye 4 deniers ; un cheval paye 1 d.

66) De chaque fuder de vin que l’on achète, quatre deniers ; de 10 ohmen, deux, et d’un cheval de bât, un [28, 29]

67) Celui qui veut installer une échoppe (hutte10) doit donner quatre deniers au tonloyer et à l’abbé le loyer qui lui revient.

67b) Chaque boucher, cordonnier ou tanneur de Walbach ou de Wihr qui vient dans notre ban paye au tonloyer une taxe de 1 et 2 deniers…

68) Le lundi après la Saint-Martin, [ce dernier] donne à chacun un repas, à savoir cinq livres de viande de porc et de bœuf pour deux [personnes], le bœuf, avec du chou, le porc, avec une sauce au poivre, et du vin et du pain à satiété, ni le pire, ni le meilleur [29, 30]

69) Un boucher qui veut emmener son valet peut le faire, mais le tonloyer ne doit pas lui donner de pain, et c’est son maître qui fournit la viande.

70) La corporation susdite [30, 31] tient de l’abbaye la liberté suivant laquelle [ses membres] peuvent se comporter ce jour là selon leur bon plaisir, en s’adonnant aux jeux de quilles ou à toute autres distractions,

71) Et ce même jour, si quelqu’un se bat avec un autre sans qu’il y ait d’homicide ou de blessures ouvertes, et si cela a lieu en plein jour, ils ne sont aucunement astreints à des amendes.

72) L’abbé institue aussi un agent dîmier (stadeler)11

73) qui doit l’aider à collecter la dîme abbatiale dans les greniers, y compris les déchets de battage et les gerbes qui ne sont pas liées ;

74) il doit également prélever la dîme du bétail à la foire (messe) de la Saint-Martin.

75) Il accomplit également cette mission depuis la petite fontaine qui se trouve sur la colline la plus proche jusque au ravin que l’on suit en direction de Longemer. De même, de la petite fontaine sur le petit chaume jusqu’au ravin que l’on suit pour aller à Plainfaing [32, 33]

76) Les bornes doivent avoir une longueur de huit pieds, deux dans le sol, six au dessus, et elles doivent être séparées l’une de l’autre par la distance qu’il faudrait pour qu’une personne en lance une vers une autre.

77) Pour cela, on lui donne de la dîme un veau, un chevreau et un agneau ainsi que trois setiers (sester) de fèves.[33, 34]

78) et la dîme perçue sur le manse (zelle12) de l’hôpital, dont il est tenu de remettre un setier de fèves le jour de la fête de notre seigneur Saint-Grégoire, sous la forme de fèves écossées. 79) L’abbé dispose aussi d’un pêcheur, qui pêchera trois fois par semaine

80) Et lorsqu’il arrive avec les poissons, on doit lui donner un petit pain et un coup à boire et on doit lui fournir des vêtements, à l’instar des autres serviteurs [de l’abbé], deux fois par an, en hiver et en été [34, 35]

81) Ce pêcheur doit également garder les eaux banales de l’abbé [35]

82) S’il ne le fait pas, il doit être mis à l’amende [35] ;

83) Il devra également pêcher dans toutes les eaux de ce côté çi de la crête, ainsi que, de l’autre côté, dans les eaux qui appartiennent à l’abbaye de Remiremont, jusqu’au pont de Remiremont, sans contredit. S’il jette son filet de l’autre côté du pont, il doit payer l’amende à ladite abbesse. Du fait de cette fonction, il possède la dîme du Solgeberg.

84) Le bétail de l’abbé doit aussi aller au-delà de la crête (über virste); et s’il y reste en hivernage, l’abbesse doit accueillir chaque bête entre deux des siennes13 ().

85) L’abbé dispose d’un maître-ouvrier qui est tenu de faire une journée de travail par semaine à son service.

86) Il doit également être présent aux côtés de tous les charpentiers au service de l’abbé.

87) On doit lui rémunérer les journées de travail qu’il effectue en sus de celle qui est prévue par semaine.

88) Mais si l’on travaille jusqu’au samedi soir, lui et sa femme doivent être invités au repas du dimanche, à la cour.[37, 38]

89) Il est également tenu de cercler les tonneaux dans lesquels doit être conservé le vin des prébendes de nos seigneurs. Pour cela, il prend un cuveau sur dix, à Turckheim, il dispose d’un pré à Bechelin et d’un juchart au Martinsacker ainsi que de la dîme sur l’alleu au Witendat et [reçoit] un habit tous les ans.

90) Nous devons aussi présenter à notre seigneur abbé [38, 39] une, deux où même trois personnes à qui il doit conférer l’office de marguillier.

91) Le marguiller est tenu de veiller sur le fonctionnement matériel de l’église (kilchensatz14) et d’être disponible au pauvre comme au riche.

92) Il est également tenu d’effectuer la tournée du ban avec le Saint Sacrement (heiltuom15) au début du mois de mai, ce pour quoi tout détenteur d’une terre mise en culture lui donne une gerbe, mais celui qui n’a pas procédé aux semailles [39, 40] mais qui en aurait eu les moyens donne 4 deniers. Cependant celui qui avait des vignes, et n’avait rien semé, comme c’est le cas à Gunsbach donne un demi quart de vin ; au total, la communauté lui donne dix quartauts de grain, moitié en blé, moitié en seigle – si ils lui accordent cela, il doit s’en contenter.

93) Il faut aussi savoir que lorsqu’un homme ou une femme élève deux veaux [40, 41] alors, il doit (payer le droit d’étable)

94) Mais s’il en élève plus, que ce soit beaucoup ou peu, il doit payer le droit d’étable relève du stadeler de l’abbé)

95) Si quelqu’un dissimule un veau ou plus, de quelque façon qu’il le fasse, quand l’abbé l’apprend, comme c’est le droit, il paye une amende d’une livre denier pour chaque veau qu’il a fait élevé illégalement [42].

96) Si quelqu’un doit acquitter la dîme de quatre veaux, il doit s’arranger avec notre seigneur l’abbé, suivant sa grâce.

97) Notre seigneur l’abbé et l’abbaye possèdent également à Munster une cour seigneuriale reconnue comme telle (wisshenthaften dinghof),à laquelle appartiennent des biens fonciers appelés zelleguot et mentagguot, pour lesquels nous sommes tenus d’aller au plaid, trois heures lors de la foire de Saint-Martin, trois heures en février 42, 43] et quatre heures en mai.

98) Le manse (zelle) de Walbach donne au cellerier trois sous et trois livres ainsi que 31 émines (ymin16) d’avoine, un fuder de bois et un poulet.

99) A l’abbaye, le manse de Gunspach produit la même chose ;

100) Celui de Hohrod la même chose ;

101) Le manse de Soultzeren la même chose ;

102) Le manse de Sondernach, la même chose [44] ;

103) Le manse de Breitenbach la même chose :

104) et le manse de Nagelstal la même chose.

105) Le manse de l’hôpital, le manse de devant, trente sous et deux livres denier et demi, et trente et un émines d’avoine, un fuder de bois et un poulet.

106) Les manses plus petits donnent trois sous et deux livres et trente et une émines comptées à ras bord ainsi qu’un fuder de bois [45] et un poulet ;

107) Les manses de Mulhbach, de Dieffenbach, de Fronezelle, d’Eschbach, du petit manse de devant, de Wihr, de Breitmatten, de Kilchbuhel, qui relève du chambrier, et le manse de Heidenbach, qui relève du custos, l’abbé dispose de tenures (mentag) à Burner, à raison de deux qui sont données en bail, un à Widach, un à Stege, un appelé Reinhartes mentag, un à Luttenbach, le Guntzelins mentag, un à Ampfersbach, le mentag de l’érable, un appelé Ymmerlins mentag, un Schufelers mentag, un à Stosswihr, le mentag du pêcheur, un appelé Hevelins mentag, un le mentag du Carnaval, un Steinach mentag, un Grebins mentag, un du côté d’ Eschbach, un demi-mentage : toutes les tenures susdites produisent chacune vingt et une émines d’avoine mesurée à ras bord, et un fuder de bois et un poulet, à l’exception du Reinhartes mentag et du Ymmelins mentag [48] dont chacun donne seize émines d’avoine, celui de Reinhartes à ras bord, celui d’Ymmelin, pas à ras bord, ainsi que du bois et des poulets comme les autres.

108) Les manses doivent avoir au maximum quatre tenanciers (huber) et les mentage deux qui les représentent au plaid.

109) Celui qui vent devenir tenancier doit prêter serment au droit de la cour et doit avoir auprès de lui deux tenanciers qui reconnaissent qu’il est devenu tenancier, parce que ceux qui appartiennent à la cour ont le droit que personne ne peut être admis à la cour si ce n’est avec le [consentement] des tenanciers de celle-ci. [49]

110) Celui qui devient tenancier doit donner aux tenanciers quatre pains blancs et un quart de vin, ni du meilleur, ni du moins bon.

111) Chacun des dits manses donne, dans la semaine de la Croix17 deux fromages dont chacun vaut trois deniers ainsi que 12 oeufs [50] et la Fronezelle et celle de Gunspach, le double, et chacune un quart de vin blanc, ni du meilleur, ni du moins bon, pour les écoliers ainsi que quatre pains blancs.

112) Les mentage donnent quinze œufs et un fromage d’une valeur de trois deniers et aux écoliers ce qui est de leur droit, alors on leur donne de nouveau le lundi, chaque manse et mentag qui y sont astreints (die da gent ir reht) un petit pain, le quart d’un fromage et à boire du vin.

113) De ces biens, ils doivent donner tous les quatre ans18 cinq sous par livre, et de chaque mentag, un sous denier ou le droit de gîte tel qu’il est précédemment indiqué.

114) Chaque manse doit également disposer d’une cour fermée19.

115) Et tout gage qui y est amendé doit [51, 52) donner au maire (meier) un quart de vin, ni du meilleur, ni du pire et quatre pains blancs ; la personne concernée doit les inclure dans ses charges.

116) Notre seigneur l’abbé a également sa propre cour franche ; ce qui y vient à titre de gage, acquitte quatre pains blancs et un quart de vin, ni du meilleur, ni du pire ; la personne concernée doit les inclure dans ses charges [52, 53).

117) Nous devons aussi donner à notre seigneur l’abbé 31 marcs d’argent et deux livres deniers de la taille (gewerf) de la foire de la Saint-Martin

118) Notre seigneur l’abbé et l’abbaye ont le droit de pouvoir exempter tous leurs officiers de tout service, à l’exception de ceux qui font partie de leur charge vis-à-vis d’eux.[53, 54]

119) A la fête de Saint Martin, sur l’ordre de l’abbé, ils lèvent l’impôt comme cela s’est fait normalement jusqu’à présent.

120) Ces officiers doivent également être domiciliés entre l’Onbach et le Heidenbach

121) Et celui qui n’est pas domicilié, notre seigneur l’abbé pas plus que l’abbaye ne peuvent l’exempter de l’impôt [55] :

122) Les officiers sont les suivants: un maréchal (marschalk), un prévôt (schultheiss), un intendant (schaffener), un cellerier (keller), un chambrier (kamerer), un cuisinier (koch), un boulanger (phister), un tonloyer (zoller), deux forestiers (vörster), deux sergents (weibel), un jardinier (gartener), un pêcheur seigneurial (fronvischer), un maire (meiger), un pêcheur ordinaire (gemeinvischer), un marguiller (kilwart), un receveur des cens (zinsmeister), un surveillant (stadeler), un mitterrand (hengysel) et un leuentrin.

123) Les officiers susdits sont tenus d’aller en procession avec notre seigneur l’abbé à toutes les grandes fêtes où l’on porte la croix [56]

124) Ils sont également tenus de l’assister à tous ses plaids domaniaux (hofedinge) pour rendre sa justice et celle de sa cour.

125) Lorsqu’un officier commet un manquement, il est démis de son office ou paye une amende de cinq livres

126) L’abbaye a également trois bedeaux (kilwart) :

127) Le premier bedeau doit s’occuper du bien de Heidenbach [57],

128) et doit également s’assurer de ce qu’on fasse bien sonner les cloches à toutes les fêtes solennelles.

129) Il doit également se tenir dans le grand choeur et doit garder les reliques,

130) S’il se produit des dommages aux reliques, il doit les réparer

131) Les deux autres doivent aider à faire sonner les cloches à toutes les fêtes solennelles et balayer l’église abbatiale,

132) Et le custos (kuster) doit leur donner un repas à toutes les fêtes solennelles [58]

133) Notre seigneur l’abbé et l’abbaye doivent disposer d’un hôpital et ils ne seront tenus d’y admettre que ceux qui sont nés et qui ont été élevés par leurs parents dans la
vallée

134) Notre seigneur l’abbé doit aussi avoir dans sa cour un taureau et un verrat qui sont puissants et bons.

135) Notre franchise (friheit) ne doit aucunement porter préjudice aux droits de notre seigneur l’abbé ou de son monastère.

136) Lorsque l’abbé entre en fonctions, il doit en premier lieu prêter serment à la ville et au val de maintenir en l’état leurs droits et bonnes coutumes.

137) Ensuite, nous, le bailli, le conseil et la communauté de la ville et du val, nous lui jurons, à lui ainsi qu’à son monastère, de maintenir en l’état l’ensemble de leurs droits, libertés, et bonnes coutumes, et d’aider à les maintenir autant que nous en avons le pouvoir.

138) S’il arrivait que notre susdit seigneur l’abbé et l’abbaye avaient des droits ou pouvaient se prévaloir de la coutume dans d’autres domaines ou sur d’autres points qui ne sont pas notés dans cette lettre, alors on se comportera à son égard, à l’égard de ses successeurs et à l’égard de l’abbé exactement comme s’ils étaient consignés dans cette lettre [60, 61];

139) Et de même si nous les susdits ville et val de Munster ou nos successeurs avaient des droits ou pouvaient se prévaloir de la coutume dans d’autres domaines ou sur d’autres points qui ne sont pas notés dans cette lettre, alors on se comportera à son égard, à l’égard de ses successeurs et à l’égard de l’abbé exactement comme s’ils étaient consignés dans cette lettre [61, 62];

140) Nous, les susdits abbé Marquart, par la grâce de Dieu, et nous l’ensemble du chapitre de l’abbaye (gottshuses) de Munster au le Val Saint-Grégoire, du diocèse de Bâle et de l’ordre de Saint-Benoît, d’une part, et nous, conseil et communauté de la ville et du val de Munster, d’autre part, dans le même diocèse, nous garantissons que toutes les choses qui se trouvent de part et d’autre sur cette lettre et nous nous engageons mutuellement à les conserver solidement et à faire en sorte d’empêcher quiconque de s’y opposer, de quelque façon que ce soit, et pour quelle raisons il estime ou veille le faire, sans qu’il y ait à redire[62-64].

Aussi nous, abbé Marquart, par la grâce de Dieu, et l’ensemble du chapitre susdit et nous conseil et communauté de la susdite ville et de la vallée de Munster, nous avons apposé nos sceaux pour authentifier cette lettre contenant les choses susdites, et, pour cela, d’un commun accord, nous avons demandé au pieux et vaillant chevalier Hennemann de Hattstatt, notre bailli, d’apposer également son sceau au côté des nôtres. Et moi, Hennemann de Hattstatt, parce que j’en ai été prié par mes susdits seigneurs abbé et chapitre, d’une part, et par les susdits conseil et communauté de la ville et du val, d’autre part, et parce que j’étais le bailli et le responsable de la ville et de la vallée de Munster au [val] Saint-Grégoire, j’ai appendu mon sceau au côté des leurs, en forme de document officiel. Cette lettre a été donnée le mercredi après la Chandeleur de Notre Dame après la naissance du Christ, en l’an treize cents et trente neuf.


Références :

  1. De zwingen = contraindre et de bann = le ban, circonscription de l’autorité publique. La traduction « droit de ban » peut être admise. Cette situation n’est pas incompatible avec la souveraineté de l’empereur, seigneur de la ville et du val.
  2. Préposé aux poids et mesures.
  3. Mesure de capacité pour les céréales: à Colmar, = 113 litre pour le blé, 134 litres pour l’avoine.
  4. Sester : env. 19, 4 l. Mesure de grain.
  5. 1/12 aime, soit 2, 42 l.
  6. Viertel : quart.
  7. Atze nemen. D’après Himly, qui cite le traité de Marquard, droit de gîte. Les mots wunn und weide doivent être compris ici comme l’espace dans lequel s’exerce ce droit.
  8. Mesure cave, équivalent probablement ici au malter. Un sester est une subdivision du viertel, env. 20 l).
  9. Schroete : d’après Himly, le mot peut désigner une mesure de capacité pour le vin (4 ohmen, soit 200 l env)., une valeur monétaire (explication qu’il applique ici au traité de Marquard, et une mesure de capacité pour les grains (7 setiers). Aucune de ces formules ne paraît convaincante : à mon sens, le mot doit être sompris comme l’équivalent du latin soma, chargement correspondant à la capacité d’un cheval de bât, qui acquitte 1 denier à vide au point suivant.
  10. Hutte ne paraît pas désigner une cabane, comme le pense Chauffour, mais plus vraisemblablement un étal dans le cadre du marché ou de la foire, puisque cette installation relève du tonloyer, dont la fonction se rapporte aux activités marchandes et à la circulation. Le mot zins doit être compris comme un loyer perçu à cette occasion par l’abbé.
  11. Stadeler : surveillant des eaux et forêts, chef des moissonneurs, agent dîmier.
  12. Himly interprète faussement Zelle comme fraction de manse, en se référant explicitement à l’art 5 où il faut lire Zelge, au sens de sole, dans le cadre d’une rotation des cultures.
  13. C’est-à-dire en proportion de 1 pour 2 qui lui appartiennent.
  14. Klichensatz se traduit par droit de patronage, c’est-à-dire de présentation du candidat au poste de curé de la paroisse. Ici, ce n’est pas le cas : l’église paroissiale est aux mains de l’abbaye qui en nomme le curé. Par conséquent, il faut prendre ce terme au sens plus large de « gestion » de l’église et de son patrimoine.
  15. Heiltuomb : reliques, sacrement. Ici, il s’agit des rogations.
  16. Mesure pour les grains :1/9 du viertel d’après le Terrier des Habsbourg en 1303. Il semblerait que cette mesure ne soit pas utilisée en Alsace ou qu’elle soit ici un archaïsme. L’adjectif ou le participe passé gestuncken correspond-il à gestrichen, c’est-à-dire rempli à ras bord ?
  17. La semaine qui suit le 5ème dimanche après Pâques (vocem jocumditatis).
  18. Les années bissextiles (schaltiar).
  19. D’après Himly, schutzhof désigne une enceinte ou une cour annexe.

1/ Une chronologie

3/ Le traité de Kientzheim (1575)